Rude Boy Train

THE SELECTER – STRING THEORY – VOCAPHONE

UN PEU D’HISTOIRE: THE SELECTER, c’est l’un des plus grands groupes de l’histoire du ska. Tout démarre à Coventry (ville des Specials) en 1977. Neol Davies, guitariste de son état, et John Bradbury (futur batteur des Specials) ainsi que le tromboniste Barry Jones, bricolent ensemble dans leur local de répétition, et en 78, ils enregistrent un morceau instrumental, « The Selecter », qui sort en mars 79 sur le premier 45 tours de 2 Tone Records en face B (en fait en face A puisque ce 45 tours avait deux faces A) pour accompagner le fulgurant single des Specials, « Gangsters », qui rencontre un très gros succès en Angleterre. Au moment de la sortie du disque, Neol Davies est seul aux manettes de ce qui n’est pas encore vraiment un groupe et qui va s’appeler, comme le titre éponyme, The Selecter. Davies va donc recruter plusieurs musiciens : Charley Anderson à la basse, Charley Bembridge à la batterie, Desmond Brown au clavier, Compton Amanor à la guitare, Gaps Hendrickson au chant, et surtout, une très talentueuse chanteuse en la personne de Pauline Black. Le groupe publie trois singles au cours du second semestre 79: « On My Radio », « Three Minute Hero », et « Missing Words », tous écrits par Neol Davies.

Le premier album, « Too Much Pressure », est un standard du ska qui sort en février 1980 sur 2 Tone Records/Chrysalis et qui monte jusqu’à la cinquième place des charts britanniques. Le groupe joue partout dans le monde, et sort son second album, « Celebrate The Bullet », pile un an avant le premier opus. Charley Anderson et Desmond Brown quittent le groupe pendant l’enregistrement de cet album pour monter leur nouveau projet, The People. Ils sont remplacés respectivement par Adam Williams et par James Mackie. Peu de temps après, c’est Pauline Black qui quitte l’aventure, et The Selecter ne se remettra pas de ce départ. La première partie de carrière du combo n’aura donc même pas durée deux ans.

Car il y aura bien une seconde partie de carrière. En 1991, Pauline Black et Neol Davies remontent le groupe avec un nouveau line-up dans lequel on retrouve Nick Welsh à la basse, Martin Stewart au claviers, et Perry Melius à la batterie, tous les trois transfuges de Bad Manners. Ils sortent le live « Out On The Streets »  en 1992, mais Neol Davies décide de ne pas rester. Pauline Black est donc la seule membre originelle encore présente au sein du groupe. Gaps Hendrickson revient pendant peu de temps en 1994 pour enregistrer The Happy Album » (avec Rico Rodriguez en featuring), puis The Selecter publie « Haispray » en 95 et « Pucker ! » (à nouveau avec Hendrickson)  la même année, avant de sortir le « Live At Rockslide Festival » en 96, puis « Live Injection » en 97, alors que le groupe accompagne les Américains de No Doubt en tournée.

Un nouvel album studio, « Cruel Britannia », sort en 98, suivi par plusieurs « Trojan Songbooks », puis par « Real To Reel » en 2003, « Made In Britain » en 2011 et enfin « String Theory » en 2013, ces deux derniers avec Gaps Hendrickson, qui n’en finit plus de faire des allées et venues.

On trouve dans la discographie de The Selecter d’autres live, ainsi que des compilations, un disque avec Dave Barker et des albums acoustiques.

Entre 2006 et 2010, Pauline Black avait complètement arrêté The Selecter. Elle a rempilé en 2010 avec un nouveau line-up, et avec le toujours fidèle Gaps Hendrickson.

Neol Davies continue de son côté d’interpréter l’ancien répertoire du groupe sous le nom de « Neol Davies AKA The Selecter ».

The Selecter d’un côté, Neol Davies AKA The Selecter de l’autre… Voilà qui rappelle The Beat, et The English Beat…

LE DISQUE : Ces dernières années, on n’avait pas toujours été entièrement convaincu par les nouveaux disques de The Selecter. C’est donc avec un intérêt certain, mais aussi avec un peu d’appréhension, qu’on avait appris l’enregistrement d’un nouvel opus, en se disant qu’il était bien dommage que Pauline Black et Neol Davies ne se rabibochent pas une bonne fois pour toutes.

Alors force est de constater qu’il y a du bon sur ce disque, parfois du très bon même. Le thème de « The Avengers » (avec John Steed hein, pas avec l’Incroyable Hulk) par exemple qui démarre l’album, est plutôt bien envoyé, très ska dans l’esprit, et fait suite à leur « James Bond » en même temps qu’il résonne avec d’autres génériques de séries télé qu’on a pu entendre çà et là, comme « The Persuaders » par The Skalatones ou par Giuliano Palma & The Bluebeaters, « Get Smart » (ou « Maxwell Smart ») par The Toasters ou par le Melbourne Ska Orchestra, « Bonanza » par Carlos Malcolm et par Bad Manners, ou plus récemment « Mission Impossible » par Akira Tatsumi.

Sur « Warrior », j’apprécie tout particulièrement les accélérations sur le refrain, qui accompagnent à merveille des couplets plutôt clames, et le tempo de « Flatworld », bien two tone comme on aime, avec la toujours aussi belle voix de Pauline Black, fait mouche à chaque écoute avec cette superbe ligne de basse et ces habiles riffs de guitare solo, discrets mais diablement efficaces. « Secret Love » dans la même veine, fait bien l’affaire, entraînante à souhait avec les apparitions de Gaps Hendrickson, et « London’s Burning » (qui n’est pas une reprise de The Clash) assure presque comme si on était en 79 sur le label de Jerry Dammers, le cuivres en plus, parce que oui, maintenant les chansons de The Selecter s’écrivent avec des cuivres.

Sur « Doors Ever Open », on a parfois l’impression que la voix de Gaps Hendrickson vient un peu se poser comme un cheveux sur la soupe, mais la très belle mélodie de cuivres rattrape sans difficulté ce léger faux-pas, et fait au final de ce morceau l’un des plus réussis de ce « String Theory ». « 667 » qui clôt le disque la joue un peu plus caribéenne que ses consoeurs mais ne restera pas dans les annales, contrairement à la superbe « High Hair », qui placée en milieu d’album prouve que The Selecter nouvelle version en a pas mal sous le capot. Pauline Black chante magnifiquement (sa voix a toujours été l’un des points forts du groupe), c’est arrangé de façon très pop, très british, et les backing-vocals sont placées au bon endroit, au bon moment. Classe !

En dix titres seulement, The Selecter (et surtout Pauline Black) nous démontre que même après plus de trois décennies, ils sont capables de pondre de vraies belles chansons two tone, avec de la finesse, de l’envie, et une foi en la musique, en cette musique, qui malgré les années, les épreuves, les engueulades et les kilomètres parcourus, semble toujours aussi intacte.

Vince

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