Rude Boy Train

Rude Boy Train’s Classics – Hepcat – Out Of Nowhere (Moon Records/Hellcat Records/1993)

“Rude Boy Train’s Classics”, c’est une série de chroniques d’albums qui ont marqué l’histoire du ska, du rocksteady ou du skinhead reggae. Standards objectifs reconnus par le monde entier ou chefs d’oeuvre personnels qui hantent nos jardins secrets, la rédac de Rude Boy Train vous fait découvrir ou redécouvrir ces albums majeurs qui méritent d’avoir une place de choix sur vos étagères ! Rendez-vous le premier vendredi de chaque mois.

BEAUCOUP D’HISTOIRE: Los Angeles, 1989. Cette belle brochette de jeunes Californiens qui aiment The Specials et Toots and The Maytals que sont Greg Lee (chant), Alex Désert (chant), Deston Berry (claviers, chant), Raul Talavera (sax), David Hillyard (sax), David Fuentes (basse), Dennis Wilson (guitare) et Greg Narvas (batterie) décident de faire du ska, du rocksteady et du reggae, en version plus cool, plus roots que leurs potes de The Toasters, Skeletones et autres Fishbone.

Le groupe entre en studio à Culver City et publie son premier album, « Out Of Nowhere », pour le label new-yorkais Moon Records, alors incontournable. Mais apparemment, un certain nombre de groupes reprochent au label de Bucket de s’occuper surtout de ses Toasters et du New York Ska Jazz Ensemble et assez peu de ses autres poulains, et Hepcat, à l’instar des Slackers, décide de changer de crèmerie pour son deuxième album.

C’est donc sur le label essentiellement punk BYO Records que sort en 1996 « Scientific », second opus du combo de L.A, précédé par le très bon single « Bobby and Joe », sans Dave Hillyard parti rejoindre New York et les Slackers, remplacé par Efren Santana, alors que Kincaid Smith vient renforcer le groupe à la trompette. Et à force de fréquenter les crêteux, Hepcat se retrouve sur la Warped Tour, énorme festival destroy itinérant qui fait figure d’institution au USA (et qui était passé en France en 1998).

C’est d’ailleurs sur Hellcat Records (subdivision d’Epitaph), un autre label punk particulièrement fameux, qu’Hepcat va publier son troisième album, « Right On Time », en 1998. Le ska est à la mode, Epitaph a pas mal de sous dans sa besace depuis le carton mondial de « Smash » de The Offspring, et toute la scène se sent portée par la vague. La même année, Hepcat débarque  en banlieue parisienne pour donner un concert avec 8°6 Crew. Mais l’euphorie ne va pas durer.

Dans les années qui suivent, le soufflet retombe et les groupes s’essoufflent, Hepcat les premiers. Le combo va pourtant sortir un nouvel album, « Push’n Shove », en 2000 sur Hellcat Records. Mais juste après, c’est la mise en hibernation jusqu’en 2003 où Hepcat se réveille pour donner quelques concerts.

En 2004, « Out Of Nowhere » est réédite par Hellcat avec une nouvelle pochette et deux titres supplémentaires, et le groupe joue par intermittence jusqu’en 2007, année de la disparition du bassiste David Fuentes, très impliqué dans la scène ska/reggae californienne.

Depuis, Hepcat continue de donner des concerts ici et là, Alex Desert en Greg Lee se font de temps en temps backer en Europe par les Espagnols de The Kinky Coo Coos, et le label Whatevski Records  a même sorti un « Live at The Whiskey a Go-Go » en format digital en 2011.

Alex Desert et Deston Berry sont des membres de l’excellent groupe de reggae The Lions, et Desert a derrière lui une carrière de comédien, avec notamment un rôle récurent dans la  série teenage 80″s « TV 101 » (avec Matt « Friends » Leblanc) dans laquelle il se trimballait souvent avec des patchs Specials, Toasters et compagnie , ainsi que dans « The Flash », une autre série qui connut une saison en 1990.

LE DISQUE: Quand Hepcat débarque en 1993 avec son premier album, « Out Of Nowhere », sur Moon Records, label très respecté car très actif à cet époque (Moon et son boss Bucket ont fait énormément pour le développement du  ska à travers le monde), ont est quelques-uns à se prendre une bonne claque. C’est simple, en 1993, je ne jurait que par le ska revival des Allemands, et en France mes héros s’appelaient Skarface, Skaferlatine ou les Neurones en Folie.

Aussi, quand ces gars de Los Angeles se sont pointés avec leur son old school en citant The Skatalites, Toots and The Maytals ou les Wailers, je me suis demandé où était passé la vitesse et la grosse guitare d’inspiration keuponne. Et en écoutant et en réécoutant attentivement « Out Of Nowhere », j’ai appris à connaitre le ska 60’s, le rocksteady, et à comprendre que le reggae n’était seulement une musique de rastaquouères avec des dreadlocks cradingues sur le crane.

Car en treize titres, dix compos et trois reprises, Hepcat s’imposait alors comme un groupe majeur dans le paysage ska mondial. Les reprises justement, étaient là pour donner le ton, pour nous montrer de quel bois se chauffaient ces gars-là, et quelles avaient pu être leurs inspirations. Wailers d’abord avec « Hooligans », très vieux morceaux du groupe de Bob Marley coécrit avec Coxsone Dodd  sous le nom « Hooligan » (au singulier) ou « Hooligan Ska », pour servir de face B au 45 tours « Another Dance » sorti chez Studio One en 1965. Duke Ellington ensuite, car Hepcat aime aussi le jazz, avec le standard « Caravan », déjà repris par Roland Alphonso et ses Skatalites sous le titre « Skaravan », et bien sur Jackie Mittoo et ses Soul Brothers avec « Train To Skaville », instrumental à ne pas confondre avec le titre homonyme archi-connu de The Ethiopians. Voilà un peu pour situer la fine équipe, si par malheur vous ne la connaissiez pas.

Le reste de l’album oscille entre l’excellent et le sublime, qu’Hepcat fasse dans le ska-jazz de très haut niveau avec « Skavez » ou avec l’exceptionnel instru qu’est « Clarence Thomas » et ses solos de sax d’une rare élégance, ou qu’il préfère la jouer rocksteady sur « Prison Of Love » ou sur « Police Woman », deux perles qu’on aime s’enfiler encore et encore dans les esgourdes tellement c’est beau, et tellement en vingt piges ça n’a pas pris le moindre début d’une ride.

Et puis il y a bien sûr « Dance Wid’ Me », grand moment de ska avec un trio vocal comme chez les Maytals, avec du chant et des chœurs, des voix qui se répondent, qui se complètent et se chevauchent avec une finesse et une précision tout simplement hallucinantes de maitrise. Et l’auditeur ébahit de constater que la triplette Lee/Desert/Berry est assurément l’un des points forts (très forts) de la fine équipe californienne. Et puis « The Secret » évidemment, et puis « Earthquake and Fire » forcément, et puis « All For You », et puis et puis et puis… et puis tout le reste, de la première à la dernière minute, car rien n’est à jeter sur « Out Of Nowhere », un putain de disque qui deux décennies plus tard a toujours une fière allure de chef d’œuvre, aussi solide qu’intemporel.

Du très grand art, définitivement.

Vince

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