Rude Boy Train

Rude Boy Train’s Classics – THE SPECIAL AKA – In The Studio – (Two Tone Records-1984)

File:Inthestudio.jpg“Rude Boy Train’s Classics”, c’est une série de chroniques d’albums qui ont marqué l’histoire du ska, du rocksteady ou du skinhead reggae. Standards objectifs reconnus par le monde entier ou chefs d’oeuvre personnels qui hantent nos jardins secrets, la rédac de Rude Boy Train vous fait découvrir ou redécouvrir ces albums majeurs qui méritent d’avoir une place de choix sur vos étagères ! Rendez-vous le premier vendredi de chaque mois.

BEAUCOUP D’HISTOIRE : Bon alors on ne va pas vous faire l’affront de vous expliquer qui sont les SPECIALS. Par contre on va juste rappeler aux ignorants que le groupe s’est formé en 1977 sous le nom de The Coventry Automatics (à Coventry donc), puis s’est appelé The Special AKA pour son premier single (le hit « Gangsters » adapté de Prince Buster en face A et The Selecter en face B), avant de tout simplifier pour s’appeler The Specials, tout court. Le groupe est alors composé de Terry Hall et Neville Staple au chant, Roddy Byers et Lynval Golding à la gratte, Jerry Dammers au claviers, Horace Panter à la basse et John Bradbury à la batterie. Leur premier album éponyme (un monument) produit par Elvis Costello et sorti en 1979 sur Two Tone Records, le label du clavier Jerry Dammers. Le second opus, « More Specials », sort l’année suivante.

Puis les musiciens commencent à s’embrouiller, et après la sortie de « Ghost Town » (l’un des plus extraordinaires singles de l’histoire de la musique britannique), Terry Hall, Nevile Staple et Lynval Golding s’en vont former Fun Boy Three, un groupe new wave/pop. Jerry Dammers continue l’aventure Specials avec John Bradbury (le batteur) et s’adjoint les services de Rhoda Dakar (ex-Bodysnatchers), de Dick Cuthell (le trompettiste à moustache qui a beaucoup collaboré avec Rico Rodriguez, notamment sur les albums précédents du gang de Coventry) et d’une poignée d’autres musiciens en reprenant le nom de The Special AKA et sort un nouvel album, « In The Studio », en 1984 sur Two Tone Records. Cet album aura moins de succès que les précédents, malgré deux titres, « Racist Friend » et « Nelson Mandela », qui deviendront populaires.

Depuis, plusieurs albums d’autres formations de The Specials (en général avec Lynval Golding, Roddy Byers,  Horace Panter et Neville Staple) sont sortis : « King Of Kings » avec Desmond Dekker en 1993, « Today’s Specials » en 96, « Guilty ‘til Proved Innocent ! » en 98, et deux albums de reprises (sans Golding), « Skinhead Girl » en 2000 et « Conquering Ruler » en 2001.

En 2009, le groupe se reforme avec tous ses musiciens sauf Jerry Dammers et entame une tournée triomphale au Royaume Uni, puis un peu partout en Europe, avec notamment une date à l’Olympia le 27 septembre 2011. En 2013, Neville Staple quitte The Specials, officiellement pour des problèmes de santé.

LE DISQUE : C’est vrai, « In The Studio » est un album mal aimé. C’est vrai, il est sorti totalement hors délai, à une époque(1984) où la vague two tone était plus qu’à l’agonie. Et c’est vrai aussi qu’ « In The Studio » n’est pas vraiment un album des Specials, mais bien un album de The Special AKA, ceux d’après « Ghost Town » et pas ceux du début de la carrière du combo de Coventry. Pourtant, la formation emmenée par Jerry Dammers et John Bradbury, accompagnés notamment au chant par l’incontournable Rhoda Dakar, avait pris soin d’enregistrer ici une poigné de belles compositions, pour certaines à mille lieues de l’ambiance du premier album éponyme (chef d’œuvre) et de « More Specials » (chef d’œuvre), mais pourtant par hors sujet en pleine période coldwave, synthpop, post-punk, british pop, pile au moment où MTC commençait à montrer le bout de son antenne.

Oui, « In The Studio » est un disque résolument ancré dans les années 80. On pense au Style Council de Paul Weller,  aux Fine Young Cannibals (groupe dans lequel s’étaient glissés deux membre de The Beat), à Fun Boy Three (hé hé), et parfois (déjà) à The Spacial AKA Orchestra, délirant big-band de Dammers qui vit le jour au début des années 2 000, au départ en hommage à ce grand malade de Sun Ra.

Certes, on peut trouver ici où là sur cet album des morceaux assez insupportables, et « Housebound » » fait assurément office de chef de file incontestable de cette catégorie, mais en dix titres, la bande à Dammers réussit fort heureusement à nous balancer une brochette de belle pépites parfaitement bien branlées. « Bright Light » d’abord, qui dès l’entame envoie quatre minutes de bon ska barré à la sauce pop, parfaite représentante de son époque clipeuse, fluo, avec des mèches rebelles et des baskets comme dans « Recherche Susan Désespérément ». « War Crimes » ensuite, pas tout à fait reggae, pas tout à fait world, à l’ambiance inquiétante, nocturne, et mélancolique et au final assez inclassable, et puis forcément le duo de quasi hits que furent la magnifique « Free Nelson Mandela » (qu’on a pas mal entendue ces derniers temps),  produite par Elvis Costello et réenregistré plus tard avec Lynval Golding (Specials), Dave Wakeling et Ranking Rogers (The Beat) aux chœurs, et « Racist Friend », superbe rocksteady décalé avec quelque-part dans le fond les glissements de trombone de l’ami Rico Rodriguez.

Quant à « What I Like Most About You Is Your Girlfriend » (voir le clip ci-dessous entre Fassbinder, Sun Ra, Mondino et un David Bowie middle 80’s) , c’est avec ses riffs de cuivres surpuissants à mon avis l’un des très grands morceaux du combo, toutes périodes confondues, et j’irais même jusqu’à prétendre que sa redoutable élégance bristish en a influencé plus d’un, consciemment ou pas, à commencer par les français de 65 Mines Street sur leur dernier album.

Avec « In The Studio », album imparfait mais à coup sûr à redécouvrir, The Special AKA tentait en 1984 de suivre la voix de l’expérimentation, essayait de produire son « Sandinista » à lui (certes en beaucoup plus court) sortant des sentiers battus, affrontant le risque droit dans ses bottes,  et réussissant au final à se sortir de pas mal d’ornières grâce à une bonne dose de talent et pas mal de suite dans les idées.

Vince

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