Rude Boy Train

THE BLUEBEATERS – EVERYBODY KNOWS – RECORD KICKS

UN PEU D’HISTOIRE : Les Bluebeaters voient le jour officiellement en 1994, sous la forme d’un « One Night Band » pour un concert à Turin entre d’ex-membres de Casino Royale et d’Africa Unite qui reprennent pour l’occasion tout un tas de tubes ska, reggae mais aussi soul ou bien simplement pop à la sauce jamaïcaine.

Mais ce n’est qu’en 1999, à la suite d’une tournée d’une vingtaine de dates, qu’ils se créent un réel public en Italie et que se creuse l’idée d’un album… « The Album » (pas cons les gars), sort donc cette même année sous l’étiquette Kingsize Records et contient aussi bien des classiques de Marley, Alton Ellis ou des Skatalites, comme des hits du chanteur Italien Gino Paoli ou bien des tubes du moment comme le « Wonderful Life » de Black ou même « Believe » de la ressuscitée Cher. La mayonnaise prend fort bien et la voix exceptionnelle de Giuliano Palma est parfaitement servie par des zicos de pointe comme Mr T-Bone qu’on découvre à l’occasion.

Forts de ce succès naissant, ils enregistrent en 2001, tout en analogique, un « Wonderful Live » qui rend parfaitement l’ambiance des sets du groupe. Engagés dans différents projets personnels, les désormais  Giuliano Palma & The Bluebeaters ne sortiront leur deuxième album studio, « Longplayin’ » qu’en 2005. Même recette et même succès, l’expérience en plus, donnant des airs de tubes de Studio One à des titres aussi surprenants que « Jump » de Van Halen, « Hard Luck Woman » de Kiss, « Black Is Black » des Los Bravos » et pas de Johnny Halliday, ou bien encore le très pointu mais excellent « Sweet Revenge » exhumé de la discographie du premier groupe de Joe Stummer, les 101ers .

Et comme ils font souffler un vent d’air frais sur des vieux titres connus ou moins des incontournables pionniers nous offrant par exemple une somptueuse doublette « I Am What I Am » de Jackie Opel suivie de « Living In The Footsteps of Another Man » de Delroy Wilson, vous comprendrez que le skeud est magistral. La suite, malgré plusieurs mouvements au sein du line-up, entre les incartades solo de Mr T-Bone ou les passages de Peter Truffa du NYSJE aux claviers, restera au niveau, avec un « Boogaloo » en 2007 et un « Combo » aux accents beaucoup plus Italiens en 2009, avant que Giuliano Palma ne décide de partir pour une carrière solo aux orientations plus pop en 2012.

Mais dès 2013, les Bluebeaters se reforment pour un concert de charité autour de Pat Cosmo qui reprend le chant laissé vacant. Toute la troupe donne quelques concerts l’année dernière pour fêter leurs 20 ans d’existence, et sort un 45t composé d’une nouvelle reprise « exotique », celle de « Toxic » de Britney Spears sur la face A et de « Catch That Teardrops » sur la B, des obscurs «Five Royals », groupe R’n’B des années 50. L’envie est toujours là et ils enregistrent donc ce « Everybody Knows » qui nous arrive ce lundi 13 avril, tel un oiseau de printemps…

LE DISQUE : Y’a vraiment des groupes dont on se dit qu’ils sont nés sous une bonne étoile. Et puis on réécoute les albums, on découvre le petit dernier et on est bien obligé de constater que la chance n’y semble pas pour grand-chose. C’est plutôt une histoire de talent, d’amour inconditionnel de la musique, d’intelligence et de finesse.

Déjà, rien qu’en démarrant avec Le « Somebody Has Stolen My Girl » de Delroy Wilson, titre régulièrement interprété en live mais jamais enregistré en studio, les Bluebeaters ont une riche idée : Le fan de base y retrouve immédiatement ses repères, entre la grande classe et la modernité du groupe, sur un titre familier, parfaitement rodé où Pat Cosmo qui prend donc ici la relève au chant, joue sur du velours.

Juste derrière c’est la première claque avec une reprise d’un hit les plus pop du Boss, « Hungry Heart » dont la base Sax/Piano faisait, évidemment se dit-on, le titre parfait pour une reprise ska… Tout y est luxuriant : la caisse claque et les symbales papillonnent comme à la grande époque des Skatalites, les arrangements orgue/piano nous en mettent plein la vue et les cuivres se régalent au beau milieu d’une si belle rythmique. « True Confession » confirme que le départ de Giuliano Palma, sur un des titres les plus travaillés vocalement de l’album, avec des jolies prouesses de Pat Cosmo, et des chœurs dignes de l’original des Silvertones, n’affectera pas trop le niveau.

Et puisque la spécialité des Bluebeaters, c’est la cover de style, la liste est ici belle, pointue et pleine de bonnes surprises, comme d’habitude, entre un « Roll With It » bondissant, un « The Model » de Kraftwerk parfaitement réarrangé avec ses petites notes de xylophone , et les deux titres du 45t de l’année dernière aussi opposés que magistralement réinterprétés que sont « Toxic » de l’inénarrable Britney Spears et « Catch That Teardrop » des 5 Royals. Ils font, avec l’aide du vieil ami Bunna, de « Girlfriend In A Coma » des Smiths une délicieuse gourmandise sur un rythme plus posé, alors que « Glad » de Steve Winwood et « End Titles » échappé de la BO de Blade Runner sont deux instrus de première bourre, menés tambour battant, qu’il fallait quand même aller chercher très loin et oser adapter à la sauce ska. Il y a surtout l’énorme crossover entre le « Teenage Kicks » des Undertones collé sur un « Revolution Rock » des Clash reboosté, qui vous tirerais un cul de jatte de son fauteuil, où les comparses de Turin sont en démonstration d’excellence collective …

Si je finis par vous dire qu’ « Everybody Knows This Is Nowhere » de Neil Young est somptueusement « Rocksteadysé » pour une des rares pause de l’album, que le « I Don’t Know » des glorieux quasi homonymes Blues Busters est magnifiquement dépoussiéré à coup de cuivres vintage, et que leur « Mia Gueisha » vous enverra tout droit au volant d’un rutilant cabriolet sous le soleil des côtes Italiennes, vous me direz que j’en peux plus de cet album! Et vous aurez raison, car ce « Everybody Know » est taillé dans le diamant et les Bluebeaters sont devenus de véritables orfèvres de la reprise. Pas la moindre minute à jeter dans la galette, pas la moindre faute de goût dans le choix des titres et pas le moindre reproche à faire sur des arrangements de très haut niveau.

Je finirais quand même par le seul bémol de l’œuvre, son artwork ! Car malgré tout le respect que je pourrais avoir pour Giorgio Di Salvo , le designer « responsable » du forfait, si je l’avais connu avant ce jour, l’objet est d’une effroyable laideur à mon goût perso, exception faite des photos plutôt réussies. Une telle perle aurait vraiment mérité plus bel écrin…

Pas de quoi gâcher malgré tout l’intense plaisir de cette cinquantaine de minutes de bonheur musical…

Bronsky

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