Rude Boy Train

Rude Boy Train’s Classics: INTENSIFIED-FACEMAN SOUND (Grover Records-1999)

« Rude Boy Train’s Classics », c’est une série de chroniques d’albums qui ont marqué l’histoire du ska, du rocksteady ou du skinhead reggae. Standards objectifs reconnus par le monde entier ou chefs d’oeuvre personnels qui hantent nos jardins secrets, la rédac de Rude Boy Train vous fait découvrir ou redécouvrir ces albums majeurs qui méritent d’avoir une place de choix sur vos étagères ! Rendez-vous le premier vendredi de chaque mois… 

UN PEU (BEAUCOUP) D’HISTOIRE :  Quand on parle ska et Royaume-Uni, on pense forcément two tone. Cela serait bien vite oublier que dès la fin des années soixante, l’île, avec sa forte colonie Jamaïcaine, devient  un des bastions mondial de cette musique dans sa version traditionnelle. Cet ancrage aura inspiré nombre de vocations dont celle des excellents Intensified, qui depuis bientôt 25 ans distillent leur excellent cocktail de ska, rocksteady et early reggae.

Créé donc en 1990, ce n’est qu’en 91 qu’on trouve les premières traces d’enregistrements officiels du groupe, format cassettes, époque oblige (mais oui la petite boite en plastique avec les deux rouleaux bizarres au milieu !). Le premier 45t ne voit le jour que deux ans plus tard sur le label Swingeasy Records avec « Marguerita » qui reste aujourd’hui un des titres emblématiques de la bande de Folkstone.

Après la sortie, à nouveau chez Swingeasy, d’un quatre titres vinyl nommé « Unpack The Dominoes », c’est le label Allemand Grover Records, en plein essor, qui flaire le bon coup et compile ces premiers essais agrémentés  de quelques nouvelles compositions dont l’excellent morceau titre « Don’t Slam The Door » et le somptueux rocksteady « Look Pon You ». Le groupe confirme ses fameuses dispositions sur « Yardshaker » qui suit en 1997. Même si le son reste à affiner, des titres comme « Fat Cat », « Jewel In My Crowd » ou « Breakfast In Love »  sont de pures réussites qui confirment les arguments d’Intensified : la voix en or de Paul Carter, des compos et des arrangements qui transpirent l’amour du son des studios jamaïcains.

« Faceman Sound » dont nous parlerons ici, sort en 1999 et enfonce le clou  avec un son peaufiné et des compos toujours au top. Devenus une des têtes de gondolle de l’écurie Grover, ils parcourent à cette époque les quatre coins de l’Europe délivrant des prestations live puissantes. Le double LP « Cut’N’Shut », célébrant leur dixième anniversaire  qui sort en 2001, composé d’un premier disque live  viendra d’ailleurs en témoigner. Sur le second disque studio, on notera reprise dibolique du  « Turn Me Loose » de Derrick & Patsy.

Ils se feront malheureusement beaucoup plus rares pendant le reste de cette décennie. « Doghouse Bass » à la tendance plus cool, avec l’excellent « Move On » et le reggae « Butcher & The Bullet » sorti en 2004 ne trouvant successeur qu’en 2011 avec un « Lunar City Groove » tout aussi réussi, signé cette fois chez leurs compatriotes Rockers Revolt, sorti dans un magnifique écrin signé CHema Skandal ! et accompagné d’un superbe docu sur l’histoire d’un groupe devenu un incontournable pilier de la scène Européenne. Ils repointent dernièrement le bout de leur nez en live , notamment pour le Riverside Stomp cet été,  me laissant l’espoir de les recroiser un de ces quatre sur scène.

LE DISQUE : Je dois bien avouer que depuis que je me coltine à l’écriture de classics pour Rude Boy Train, j’ai souvent pris un grand pied à réécouter des albums que j’avais parfois un peu mis de coté… Et ce n’est pas ce « Faceman Sound »  qui dérogera à la règle. Il faut dire que j’avais un peu oublié Intensified, traditionnellement très discrets, depuis leur excellent « Lunar City Groove » sorti depuis déjà 2011. Et la grande claque que met d’entrée « Morality Panic » avec ses cuivres clinquants, sa ligne de basse impeccable, ses arrangements de percus omniprésents  et la voix bien en avant de Paul Carter, te rappelles que ce groupe fait définitivement partie des top-classe mondiaux.

Et ce n’est que le début d’un enfilage de perles made in Britain en bon et due forme : « Direction » est un splendide rocksteady tout en Hammond,  légèrement funky et hyper cuivré. On rétrograde encore d’une vitesse mais pas de classe sur « Treasure Island » véritable attrape-gonzesse, si je puis me permettre, tout livré qu’il est à la voix suave du Paulo, dont je ne pourrais freiner l’éloge tout le long de cette review… Et comme les autres zicos sont de la même trempe, c’est le  batteur originel Terry Davey, revenu tout récemment au line-up du groupe, qui est a créditer d’un ska de haut vol à la rythmique quasi-hypnotique, des coups de revolver ajoutés en fond accompagnant parfaitement cette chevauchée héroique qu’est « Grim Prairie Tale ».

Un somptueux rocksteady nommé « Maybe » vient carresser doucement nos oreilles, alors que la géniale et assez libre adaptation de « Glamour Girls » de Theo Beckford et ses Charmers vient confirmer tout l’amour d’un groupe pour ses racines musicales mais aussi et surtout  tout le talent d’orchestration du guitariste Steve Harrington. Un skin-reggae pur jus nommé « Hot Lead Shuffle » vient conclure à merveille une première moitié d’opus intense… Mais on ne débandera pas plus ensuite à l’écoute du ska punchy « Bring It Back », ni a celle de l’instru monumental « Rolando ». « Ransom » nous permet de souffler un peu sur son rythme reggae roots voluptueux. Et comme j’insiste depuis le début sur le coté très trad’ des compos, le sémillant « Jekyll & Hyde » me permet de souligner celui des textes, surfant en permanence entre amour déchues et histoires de rude boys et autres  working class heroes partant guincher dès la nuit venue. Une pure reprise du « Duck Soup » de Baba Brooks, le  Boogaloo « Aitkenien » bien swing « She’s So Fine » et un dernier « Chicken Jerk » bien groovy qui rappellera aux plus jeunes que le Boss Reggae n’est pas une invention des Aggrolites, viennent parachever cette œuvre tout ce qu’il y a de magistrale.

Les grincheux pourront bien sûr trouver deux trois choses à redire, comme ce mix des parties cuivres très en avant ou bien parfois le manque de chœurs qui laissent parfois le lead un peu seul. Les autres se délecterons de ces 14 purs hits de musique jamaïcaine et en redemanderons, comme je le fais aujourd’hui : « les gars, mettez nous la p’tite sœur s’il vous plaît !»,  car à ce niveau, je ne m’en lasserai jamais… Cette galette ne rejoindra donc  pas son rangement  initial mais bel et bien le tiroir de mes disques majeurs à réécouter sans modération.

Bronsky

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