Rude Boy Train

JR THOMAS AND THE VOLCANOS – Beware – Truth & Soul Records

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UN PEU D’HISTOIRE : On trouve les premières traces musicales de Jr Thomas, Thomas Mc Dowall de son véritable nom, comme guitariste et chanteur lead des Dropsteppers qui viennent de Minneapolis, sa ville natale. Leur premier album qui sort en 2011 chez Megalith Records nommé “Get Up In It !”, est gorgé d’influences soul et early reggae et épate par sa maturité.

En 2012, Alex Stern des Void Union vient leur prêter main forte aux claviers pour une tournée au Canada et sur la côte Est des US. Thomas déborde d’inspiration, et Stern lui propose de mettre ses Void Union au service d’un projet solo, évidement entre reggae et soul, qui sortira en 2013. Esprit de bande oblige, l’album porte le nom «Jr Thomas Meets The Venditions ». Les dix compos sont excellentes et le travail de prod de la paire Jr Thomas/Stern, bien aidés par un gros travail de mixage de Brian Dixon font de ce premier opus une des plus grosses sorties de cette année là.

Mais Jr Thomas n’abandonne pas pour autant les Dropsteppers qui sortent uniquement en digital un splendide « Darker Side Of Grey » , EP aux 6 titres majestueux, dont une belle reprise du « Move On Up » de Curtis Mayfield en fin de cette même année 2013. En 2014, il se joint aux Void Union pour leur tournée Européenne.

Quand il recroise la route de Brian Dixon qui se dévoue à son travail de prod et a son studio Volcano Lounge, ils discutent de leur envie commune d’un album hommage à ce qu’ils considèrent comme l’âge d’or de la musique Jamaïcaine, à la jonction du rocksteady encore inspiré par la soul et de l’early reggae des grands trios vocaux ou de Jimmy Cliff. Dixon rameute ses fidèles comme Scott Abels à la batterie, Chiquis Lozoya des Expanders à la basse ou encore rien de moins qu’Alex Desert aux chœurs pour fonder les Volcanos, à l’image des groupes de studio de l’époque.

Les premiers titres, comme « Breaking Up » sorti sur soundcloud depuis plus d’un an, promettent du lourd au point qu’ils sont signés chez Truth & Soul Records, l’incontournable label américain connu en Europe pour les prod de Lee Fields…  Avec l’appui de ce label réputé, « Beware » sort mondialement ce 26 septembre dernier , avec une belle promo en France à la clé, dont des rotations de « More Than Memories » sur FIP et Nova et un passage prochain sur Canal pour l’album de la semaine… Alors ? Est ce que le ramage se rapporte au plumage ?

LE DISQUE : Bon Dieu, que j’ai mis du temps à la pondre cette chronique de ce « Beware », attendu comme un des albums de l’année. Il m’en a fallu des écoutes pour m’assurer de ce que je voudrais bien en dire. D’abord parce qu’en tant que grand fan du travail de Jr Thomas jusqu’ici, au sein des Dropsteppers comme en solo, il faut bien avouer que je suis resté un peu perplexe aux premiers passages sur ma platine. J’avais bien du mal à y retrouver la fraicheur des titres du band de Minneapolis ou bien l’impact immédiat des titres de l’excellent « Meets The Venditions ». Ensuite parce que je m’étais goinfré depuis bientôt un an de chaque titre disponible à l’écoute et que certains des nouveaux m’ont parus un poil fades…

Les nuits et la musique portant conseil, il était enfin temps de s’attaquer à la bête ! Ce « Beware » tant attendu s’ouvre donc sur un « Get A Hold Of You » aux forts accents Dixon en mode Aggrolites, au point qu’on s’attend presque à entendre Jesse Wagner entonner les premières paroles. C’est pourtant bel et bien Jr Thomas qui se pointe, et pour notre plus grand plaisir : sa voix est une originalité en elle-même, parfaitement maîtrisée, entre velours et puissance soul. Les chœurs sont superbes et le gimmick de guitare excellent. Le «More Than Memories » qui suit avec son duo piano/guitare sèche est d’un raffinement exquis. On ne peut pas dire de mal non plus de «Love Remedy » excellent early au piano entêtant et a ligne de basse bien groovy. Les cuivres y font une première apparition minimaliste mais remarquée alors que l’orgue Hammond vient siffler agréablement à nos oreilles. Le titre « Stop » qui vient ensuite, malgré un beau travail aux claviers, semble un peu tourner en rond.

Premier bémol rapidement oublié à l’écoute de ce qui suivra : les Volcanos au top, tous chœurs en avant , sur les deux rocksteady « Beware », où le phrasé et la voix à la tournure presque féminine de Thomas font merveille, et « Breaking Up » aux allures de classique. L’arrivée des cuivres nous comble sur « Embraceable », surement le morceau qui en jette le plus vocalement et sur « Burning Fire », à la fois très reggae et hyper soul: aussi doux qu’un Appleton Estate au soleil …

« Terrorize It » est tout sauf effrayant en reggae bien funky alors que « Bumps In The Night » est un peu trop lancinant pour nous convaincre. Même « Shelter », qu’on pourrait facilement rapprocher des riches prods des Lions manque d’un je ne sais quoi pour séduire réellement. « Promises » est possiblement le titre le plus pêchu de ce « Beware », finalement le plus proche de « Meets The Venditions». « Color Me Blue » n’aurait pas dépareillé sur un des premiers Jimmy Cliff, mais la voix, qui semble comme étouffée, en tous cas beaucoup trop travaillée y déçoit quelque peu. Le reggae- dub « Dreaming », vient par contre clôturer l’album en beauté, planant à souhait. Les deux titres bonus de la version digitale « Hang On » et « The Master » sont loin d’être à sous estimer et auraient mérité leur place sur l’album…

En définitive, si ce « Beware », avec ses compos reggae et rocksteady gorgées de soul et son travail d’arrangements vintage du plus haut niveau atteint son objectif premier de rendre un fervent hommage a la musique Jamaïcaine des 60’s, il nous laisse paradoxalement un peu sur notre faim… L’attente était telle, après un teasing de plus d’un an avec notamment ce « Breaking Up » de haut-vol, qu’on ne peut que regretter le manque de relief de quelques titres. Comme parfois pour les plus belles œuvres, on devra multiplier les écoutes pour révéler toutes les facettes de ces belles pierres, mais aussi apprécier les titres un peu en retrait que la galette contient. Ceux qui n’auront pas cette patience attendront les prochaines aventures de Jr Thomas, qui se pose avec cet album comme un des meilleurs songwriter du moment, et de Brian Dixon devenu manifestement un des producteurs les plus influents de la scène reggae-ska mondiale.

Bronsky

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