Rude Boy Train

RUDE BOY TRAIN’S CLASSICS – MR T-BONE – SEES AMERICA (Brixton Records/Megalith Records/2004)

hqdefault« Rude Boy Train’s Classics », c’est une série de chroniques d’albums qui ont marqué l’histoire du ska, du rocksteady ou du skinhead reggae. Standards objectifs reconnus par le monde entier ou chefs d’oeuvre personnels qui hantent nos jardins secrets, la rédac de Rude Boy Train vous fait découvrir ou redécouvrir ces albums majeurs qui méritent d’avoir une place de choix sur vos étagères ! Rendez-vous le premier vendredi de chaque mois…

UN PEU(BEAUCOUP) D’HISTOIRE : Quand on parle ska et trombone, les grands noms tels que Don Drummond ou Vin Gordon nous viennent immédiatement en tête. Mais si l’on parle de la scène actuelle, c’est naturellement vers Dr Ring Ding et l’Italien Mr T-Bone que se tournent  nos regards. Car ces deux là ont pour point commun un talent de soliste hors pairs, qu’ils associent tous deux à celui d’excellent vocaliste. Ils sont aussi tous deux si avides d’expériences musicales et de rencontres, que si l’on lie leurs œuvres personnelles et leurs participations a différents groupes flirtant avec toutes les tendances de la musique jamaïcaine, ces deux là semblent quasi omniprésents.

C’est donc à la fin dès années 80 que Mr T-Bone, de son vrai nom Luigi De Gaspari, se lance au trombone. Membre de la première heure du combo reggae Italien «Africa Unite » dont le premier album « Il Gioco » date de 1997, il rejoint, avec son compère Bunna,  d’autres musiciens de divers horizons pour fonder les Bluebeaters autour du chanteur Giuliano Palma. Le succès de « The Album », délicieux cocktail de reprises de classiques pop ou jamaïcains, sorti en 1999, et de la tournée qui suivra est tel qu’ils sortiront en 2001 «Wonderful Live » retranscrivant à merveille l’ambiance top classe de leur set imparable.

Insatiable et nourri par toutes ces formidables rencontres, alors qu’il est déjà l’auteur de quelques musiques de films et autres publicités, il se lance dès 1999 dans une première aventure « solo » accompagné de son « Jamaïcan Liberation Orchestra ». Ils jouent live aux quatre coins de l’Italie. Mais ce n’est qu’en  2002 que sort leur tout premier album  « That’s It », aux compositions solides et joliment arrangées. On lui propose alors de participer à la tournée des New York Ska Jazz Ensemble pendant l’été 2002. L’entente est telle qu’il partira enregistrer à New York  leur album suivant, prolongeant l’aventure durant toute leur tournée d’hiver.

Du coup, pour son deuxième opus solo, il s’offre un vol pour la grosse pomme, et un enregistrement en grande pompe, accompagné d’une myriade de pointures issues des NYSE, des Rocksteady 7, des  Slackers et autres groupes amis Italiens, entre le  Version City de King Django et le Coyote Studio de Brooklyn. Avec Vic Ruggiero aux commandes assisté par ce même Django pour le mixage, le bien nommé « Mr T-Bone Sees America » , est une tuerie, un des tous meilleurs albums de la décennie, mais nous y reviendront.

Car le bonhomme ne s’arrête pas en si bon chemin !  Il ramène dans ses bagages le pianiste Peter Truffa qui accompagnera les Bluebeaters pendant l’enregistrement de « LongPlayin » leur troisième album et pour une bonne partie des dates qui suivront.

L’aventure solo prend un nouveau départ avec la fondation en 2006 de son premier véritable groupe en tant que leader. Les Young Lions l’accompagneront au cours d’une longue tournée où ils joueront des titres de ses deux premiers albums et  dont sera issu en 2007 un « Strictly Live » savoureux.

Il est alors partie prenante de trois projets bien vivants, son propre groupe,  mais aussi des Bluebeaters qui sortent deux nouveaux albums « Boogaloo »en 2007 et « Combo » 2009, et toujours d’Africa Unite  qui se réuni encore régulièrement et enregistre plusieurs albums…

Comme si tout ça ne suffisait pas, nous voilà obligés de couper au plus court pour parler de son album instrumental, de sa collaboration avec les Caroloregians pour « Italian Job », des ses deux autres albums « Heroes » en 2008 et « Nothing To Lose » en 2011 avec ses Young Lions,  du retour flamboyant des Bluebeaters  l‘année dernière, de ses participations aux  tournées européennes des Rocksteady 7 de Dave Hillyard,  « Dub Size Of The Moon » de Victor Rice et a celle toute récente des Western Standard Time,  et son projet tout neuf avec les Uppertones avec, là encore, Peter Truffa au piano,  dans un style plus rythm’n’blues et c’est tout  essoufflé que je finis de vous lister l’inénarrable activité du bonhomme.

LE DISQUE : Dès ce premier titre, la reprise du « Goodbye Pork Pie Hat » de Charles Mingus,  toutes les grandes lignes directrices de ce « Sees America » se dévoilent : l’intro clavier vintage made in Vic Ruggiero, le swing de la section rythmique de rêve des Bluebeaters de l’époque,  avec la doublette Sheldon Gregg/Ferdinando Masi et Fabio Merigo à la guitare,  la classe du pianiste Peter Truffa, et une liste longue comme mon bras de cuivres plus talentueux les un que les autres pour 5 minutes de ska jazz hors normes aux solos étourdissants.

L’intro du reggae nommé « Easy » qui suit nous confirme la donne, le son des percussions de Larry Mc Donald et le sifflement de l’Hammond nous rappelle que c’est bien Vic Ruggiero aux manettes, au point qu’on pense directement à un titre des Slackers de l’époque. Mais la voix chaude de Mr T-Bone, les chœurs féminins omniprésents feront la différence, même  si le solo de sax de Dave Hylliard  reviendra semer le trouble.

La patte du tromboniste italien est beaucoup plus marquée sur des titres swing comme ce « I Mean » qui balance comme un culbuto et qui confirme les qualités de compos du bonhomme : sur cette rythmique ska basique, ce sont bien les chorus tranchants de cuivres et les parties vocales qui ont la part belle.

Deux titres en Italien viennent ponctuer l’album, « E Lo Sai » en rocksteady classe et gorgé de soleil et un  « Ferma Il Tempo » en mode reggae moderne, avec son break ragga,  qui fait montre d’un charme certain, quoiqu’un peu désuet aux cotés de titres d’un autre acabit comme le rocksteady « It’s Up To You » aux sifflements de claviers délicieux ou  le calypso à la cool qu’est « Bring Me Back »,  vintage comme on l’aime.

« Give Me A Call », Un petit boogie pêchu et électrisé par une  guitare bien blues qui vient élargir le spectre des influences de T-Bone et présager de l’aventure Uppertones.

Et puis il a la classe de laisser de beaux espaces  à ses amis comme sur l’excellent « Never Get Enough » écrit par Peter Truffa et chanté avec lui en duo, ou sur le ska-jazz  en forme de classique  « Everyday » tout laissé au chanteur et compagnon de la première heure Bunna.

La fin de l’album fait dans la dentelle : « Since I Met You » et ses cuivres vintages est devenu un des  incontournables de l’artiste, l’instru classieux « Comunque, Dunque, Contemporaneamente » n’a de défaut que la longueur de son titre, digne des plus grands noms du ska jazz, alors que le reggae de circonstance « Let Me Cross The Sea » et ses  sucreries vocales finissent d’emballer un sacré beau paquet cadeau

En s’entourant de ce all star band  américano-italien au top, Mr T-Bone offre un écrin hors catégorie à ses compos toujours originales et souvent d’une finesse au dessus de la moyenne. Cette riche idée lui permet de s’affirmer alors comme un des musiciens qui comptent sur notre bonne scène ska internationale  et nous laisse avec un des plus beaux albums des années 2000 qui me régale encore a chaque écoute. La classics parfaite !

Bronsky

 

 

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