Rude Boy Train

RIVERSIDE STOMP – 9 juillet 2016 – Reduit/Mainz Kastel

Afficher l'image d'origineLe RIVERSIDE STOMP est l’un des événements importants de la scène ska en Europe et je me demande bien comment j’ai pu rater ça pendant 11 ans alors que j’habite à à peine plus de deux heures. Il fallait donc réparer cette erreur et c’est avec plaisir que je suis arrivé en milieu d’aprèm sur le site du Reduit, à Mainz Kastel, un quartier de Wiesbaden (et non pas de Mayence/Mainz, situé sur l’autre rive du Rhin). Le Reduit se trouve dans une sorte de fort, et le festival a lieu en plein air dans la cour entourée par des murs d’enceinte qui en ont vu d’autres. L’environnement est superbe, avec une plage en bordure de fleuve et des berges qui ont l’air très animées à cette période de l’année.

Le tarif du festival est plus que raisonnable (12 €), la bière bouteille est à 2,20 €, ce qui est juste hallucinant (comme il est hallucinant de voir encore des bière bouteille dans des concerts en 2016), et le stand de Grover est parfaitement bien achalandé.

Et côté programmation forcément, ça envoie du lourd.

L’image contient peut-être : 1 personne, sur scène, joue d’un instrument de musique et concertLes ska-punkers de RAFIKI ayant déclaré forfait, ils sont remplacés par A-SIDE, un groupe de soul dont je n’ai entendu que les derniers accords. Place donc à SMOOTH BEANS, excellent groupe espagnol, aux alentours de 17h. A six, ils vont envoyer du son rétro entre ska, rocksteady et reggae, avec des belles chemises à carreaux mais devant un public encore un chouïa clairsemé. Les hits arrivent en pagaille, avec du « Don’t Let It Go » et ses « nananana », du « Our Train » et ses « tchoutchou », du « Keep Talking », du « Kingstonyte » et son sifflement de clavier, du « All Power To The People », un « Reggae Time » bien balancé,et leur premier single qui tue, « The Road Of Cherokee », instrumental absolument magique. Mais le meilleur moment du set fut à mon sens « Brevette & Knibb (Gracias Lloyd)« , magnifique morceau dédié aux deux Lloyd qui firent les heures de gloire de Skatalites.

Smooth Beans est un groupe que j’adore, mais leur set a peut-être manqué d’un peu d’énergie et de fantaisie (malgré quelques entrechats). Peut-être est-ce dû à la chaleur, à la fatigue ou à un public pas encore en délire, mais en tout cas c’était carré, sensible, plein de backing-vocals de toute première bourre et on espère revoir cette fine équipe bientôt dans nos contrées.

Le ska de THE VALKYRIANS est certes un peu moins finaud, mais il est bourré d’énergie et L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes sur scène, personnes qui jouent des instruments de musique, personnes debout et intérieurparticulièrement roboratif. Le set démarre me semble-t-il sur « Do You Really Wanna Know », suivie par « Breakdown », reprise aux Buzzcocks, car comme vous le savez le groupe finlandais a sorti il y a quelques années un album entièrement composé de reprises punk et new wave (« Punkrocksteady »). C’est pas vraiment leur meilleur morceau, sauf que les Valkyrians ont la bonne idée d’enchaîner avec un de leurs hits, « I Wanna See Some Action », qui commence à bien agiter la fosse avec un Angsters qui se plait à faire le singe en s’agrippant aux rampes de projos. C’est pêchu et ça continue avec « Call Me After Midnight » et son côté soul bienvenu, puis avec »Rock My Soul » histoire de revenir à un peu de calme, et forcément « Riot Squad » empruntée à Cock Sparrer reprise en choeur par tous les rasés du coin (et ils étaient nombreux). Une « Queen Of  Hearts » pour continuer la boum, propre et nette, puis « Hooligans « , reprise aux Wailing Wailers qui fait toujours son petit effet avant « Borstal Breakout » de Sham 69 qui tape forcément de le 1000. C’est facile de s’attirer les faveurs du public avec de tels tubes, mais c’est d’une redoutable efficacité. Il y a eu aussi « Fly » dans le genre mid-tempo, « Hold On Rudy », et ça s’est je crois terminé par une « I Don’t Wanna Go Home » de très belle facture. Bref, c’était bien, et le chanteur est décidément impayable.

Vient ensuite le tour de BUSTER SHUFFLE, clairement l’un des groupes que j’attendais tant leur son ska-pop me plait depuis maintenant trois albums. Là j’ai un peu plus de mal à me souvenir du répertoire – faut dire que j’étais absorbé par le concert – mais le chanteur (Jethro) est très charismatique et a assuré un show de haute volée. Par contre son placement sur scène est assez bizarre puisqu’il a joué quasiment tout le set de profil, se tournant de temps en temps vers le public pour faire monter l’ambiance ou en tapant avec style (lui aussi) quelques petits pas de danse. Le groupe joue en quintet clavier/chant, L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes qui jouent des instruments de musique et personnes sur scèneguitare, contrebasse, batterie, choeurs, avec un répertoire qui se déploie autour du frontman et de son clavier. Le combo nous a rapidement sorti l’explosive « Devon », un ska ultra rapide avec une rythmique métronomique, « South », obligé, ce petit chef d’oeuvre de « The Lake Song », la toujours décalée « Me Myself and I » et le morceau-phare, « Our Night Out », particulièrement apprécié par ceux qui étaient collés aux crash-barrières. Mais le set de Buster Shuffle fut aussi agrémenté de quelques reprises: « Rudy, A Message To You » d’abord, pas un choix très original, mais bien interprété. Et c’est ensuite que ça devient plus intéressant avec « You Never Can Tell » de Chuck Berry, un titre totalement cohérent dans le répertoire du combo car le « piano bashing cockney ska » de Buster Shuffle, c’est pas mal de son two tone, une bonne dose de pop british et une grosse rasade de rock’n’roll US furibard façon Jerry Lee Lewis. Le climax du concert fut à mon avis « Out Of Space », qui est en fait une reprise très modernisée et surtout très accélérée de « Chase The Devil (Ironshirt) », le standard imparable de Max Romeo qu’on avait déjà pu apprécier dans le répertoire des Slackers ou de Madness. La version ici présente est irrésistible et prouve si c’était nécessaire qu’on peut faire du neuf avec du vieux. La reprise de « Monkey Man » des Maytals, si elle nous confirme que Buster Shuflle aime le ska de 79 (« Monkey Man » comme « Rudy, A message To You » avaient été reprises par The Specials), vient aussi couronner ce qui fut pour moi le meilleur set de ce festival, et la version ici présente a eu la bonne idée de sortir (un peu) des sentiers battus en accélérant le tempo et en insufflant au morceau de faux airs de rock’n’roll de saloon.

Enorme présence de Jethro, groupe parfaitement en place, petite tirade bien sentie sur son amour de l’Europe et sur le fait que Buster Shuffle est un groupe de Londres (qui a voté pour le remain), pour un set parfaitement huilé, à tel point que le chanteur a fini dans la fosse à checker le public avant de se diriger direct vers le stand de merchandising où il fera un beau petit carton. Car en plus d’être assez beau gosse, le type a le sens des affaires.

THE CABLES, c’est le groupe que pas mal de spectateurs étaient venus voir avant tout. Moi très honnêtement, je connaissais à peine leur répertoire, alors vous m’excuserez de ne pas pouvoir vous L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes sur scène, personnes qui jouent des instruments de musique, concert et intérieurdonner des tas de détails. En fait de Cables, c’est surtout Keble Drummond accompagné de deux choristes plus jeunes qui monte sur scène, mais point d’Elbert Stewart ou de Vince Stoddart. En backing-band, les quatre musiciens de THE MAGIC TOUCH (comme souvent ici avec les vieilles gloires jamaïcaines), accompagnés pour l’occasion par une section cuivres (trompette + sax). Ça commence par le hit, « Baby Why« , produit en 68 par Coxsone Dodd pour Studio One, et le moins qu’on puisse dire c’est que Drummond a l’air content d’être là, lui qui n’avait jamais joué en Allemagne, et ceux des premiers rangs ont l’air eux-aussi content de le voir (et de l’entendre). Il faut dire qu’avant ce 9 juillet, ils ne devaient pas être nombreux à avoir déjà assisté à un concert de The Cables. Musicalement ça évolue entre rocksteady et reggae, et c’est quand même assez scolaire, même si le feeling est là et que les musicos de The Magic Touch savent jouer. Disons que les Cables montent sur scène, qu’ils chantent pendant un peu plus de 45 minutes avant de s’en aller, et que scéniquement parlant c’est pas un show qu’on qualifiera de très spectaculaire. Derrière y a du « Feel Allright », du « What Kind Of World », du « Love Is A Pleasure  » ou du « Watch This Sound ».

C’est bien sympathique, ça tourne bien en boucle, c’est bien chanté,  mais ça m’en touche une sans faire bouger l’autre comme dirait ce vieux Jacquot, la faute peut-être à des musicos qui font bien le job mais qui n’ont jamais eu l’air très concernés.

C’est donc ROY ELLIS qui est chargé de clôturer la soirée, et côté spectacle, c’est deux crans plus agité que The Cables. Mr Symarip aime faire l’andouille, et malgré son grand âge il nous gratifiera de quel roulades comme si il avait vingt piges et comme si ses os n’étaient pas poreux. Côté set-list, c’est forcément un enchaînement de hits, assez similaire à ce qu’il interprète habituellement. Ça démarre avec « Wung Yu », ça enchaîne avec « The Skinhead Dem A Come » puis avec  « One Way Ticket ». Ça s’agite L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes sur scène, personnes qui jouent des instruments de musique, nuit et concertderrière les barrières, ça lève le poing et ça scande, mais on comprend tout de suite que ça sonne mieux quand c’est accompagné par 65 Mines Street avec les Magic Plumbers, carrément. Là c’est encore une fois scolaire, propre mais scolaire et sans folie, avec pour le coup une section cuivres toute rabougrie à côté de celle de l’équipe d’Audincourt.  « The Boss Is Back » ramène un peu de calme, puis « Must Catch a Train » fait le job, et ça repart comme en 40 avec  l’excellente « I Don’t Want You, I Don’t Need You Anymore », suivie de près par « Come On And Dance With Me » puis par « You’re Mine », early reggae de lover par excellence. Le gars en fait des tonnes avec son improbable costume bleu satiné, sort à peu près les mêmes vannes que la dernière fois que je l’ai vu, mais amuse la galerie qui répond présent plutôt deux fois qu’une. On a apprécié aussi « Stay With Him », « I Was Busted », et forcément en guise de conclusion l’enchaînement « Skinhead Girl »/ »Skinhead Moonstomp », avec une tentative d’envahissement de la scène par la célèbre Tata Wellene et une copine, contraintes dans leur élan par un service d’ordre par très porté sur la poilade. Le concert se termine par « These Boots Are Made for Walking » et laisse une impression agréable, à défaut d’avoir été totalement transcendant.

Pour les plus courageux, c’est le début de l’after avec Lily Rudies aux platines et probablement pas mal de Pils dans le gosier.

Bilan : Une magnifique journée dans un lieu superbe, une organisation aux petits oignons, des skinheads en veux-tu en voilà tout bien sapés avec leurs sta-prest impeccables (certains ont dû avoir chaud aux fesses) et leurs belles chemises à carreaux, un stand de merch nickel et une programmation assez ouf. Rendez-vous l’année prochaine, et si je peux faire une suggestion ça sera donc : Lord Creator. 

Vince

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