Rude Boy Train

Hepcat – 18 août 2017 – Londres/Underworld

Les signes se multipliaient d’une activité anormale du côté d’Hepcat depuis plusieurs mois : les concerts aux US se faisaient plus fréquents, des chansons inédites avaient été jouées lors de ces fameux concerts et pour finir une prévente était lancée pour une réédition limitée à 1000 exemplaires de « Right on Time » sur double vinyle à l’occasion du vingtième anniversaire de la sortie de l’album. Cette production composée des titres originaux est agrémentée de 8 remixes en version dub mais est tout de même destinée aux plus fortunés car il vous en coûtera 60 dollars port compris pour l’obtenir.

L’annonce d’une tournée européenne venait donc confirmer un renouveau du groupe qui ne pouvait que réjouir les fans. Comme il y a sept ans, les choses étaient claires dès le début, pas de date française, les fans devraient donc faire le voyage dans les pays avoisinants visités par la tournée (Allemagne, Pays Bas, Espagne ou Royaume Uni). Pour ma part, ce serait donc Londres, d’autant qu’une des premières parties était assurée par Intensified !

L’Underworld est une petite salle située dans le quartier de Camden et spécialisée dans les musiques « alternatives » qui accueille aussi bien des groupes punk, rock, hardcore ou encore ska/reggae. C’était annoncé, il fallait arriver tôt car nous avions en théorie affaires à un « early show » qui ne fut pas si « early » au final puisqu’il débuta vers 20h pour les premières parties.

Nous passerons rapidement sur le cas d’Easydread, le groupe jouant un genre de punk à cuivre ou de ska punkifiant qui n’était pas très cohérent avec le reste de la programmation. La salle quasi déserte fait à ce moment craindre une mobilisation bien faible pour les groupes à venir et j’avoue avoir profité de leur set pour m’hydrater au bar en compagnie de deux compagnons de périple. De ce que j’ai pu entendre du groupe, rien de bien extraordinaire, mais pour les fans du genre, j’imagine qu’Easydread pourrait avoir un certain attrait au moins par la puissance du son.

Après un court break, c’est au tour d’Intensified de prendre possession de la scène et, le premier constat, c’est qu’il y a eu du changement dans l’effectif : un nouveau tromboniste (dont Steve Harrington nous dira qu’il officiait auparavant dans 9 Ton Peanut Smugglers), un bassiste aperçu au sein des Delegators et un nouveau batteur. La prestation devant durer une demi-heure, les choses débutent mal pour le groupe car, lors des balances, le clavier est inaudible. Pendant plusieurs minutes, les intervenants de la salle et les membres du groupe se mobilisent et le show peut enfin commencer.

Le public reste clairsemé mais un peu plus nombreux pour Intensified qui lance immédiatement les hostilités avec un « Fat Cat » enlevé qui fait partie des titres favoris du public d’après mon expérience. Les choses ralentissent un peu avec « Butcher » puis l’enchaînement classique « Sweeten up/Angels » dans le registre rocksteady. On constate malheureusement que le groupe n’a pas encore digéré l’arrivée de ses nouveaux membres et les choses sont visiblement compliquées pour le batteur qui multiplie les faux départs et semble souvent en difficulté. Le combo enchaîne avec « You don’t know what you got » pour finalement attaquer la célébre intro « The mean and the bad are better beware…. » de « Dirty Harry » qui est à mon sens le titre le plus entraînant du groupe en concert. Malheureusement, pendant toute la chanson, un gars de la salle fais des signes indiquant que le groupe doit arrêter de jouer et lors du break traditionnel vers la fin de la chanson, l’ingé son coupe même le micro de Paul le chanteur ! Le groupe fini tant bien que mal le titre en semi-acoustique après un set trop court et un peu chaotique. Quel dommage qu’un tel combo n’ait pas pu donner sa pleine mesure à l’occasion d’un tel événement.

A peine le temps d’un changement de plateau très court, et on entend du bar la rumeur monter, le concert devrait débuter dans pas longtemps… nous nous dirigeons vers la salle et effectivement, la physionomie a changé, la fosse et les coursives sont bien remplies. Hepcat est déjà sur scène et les premières mesures de « The road », une nouvelle chanson, retentissent. Ce premier titre est bien calme et le public est un peu froid, et nous avons tout loisir de détailler la composition du groupe. Les piliers sont là, Greg Lee et Alex Desert au chant, Deston Berry au clavier et au chant, Efren Santana au saxophone et Lino Trujillo à la guitare. Ce line-up est complété par les habitués Korey Kingston Horn à la batterie et Chiquis Lozoya à la basse, ainsi qu’un trompettiste inédit à la place de Kincaid Smith.

Le calme est de courte durée, le groupe met le feu en jouant d’affilée « I Can’t wait », « the Secret » et « Nigel », c’est de la folie dans la salle, le public chante en chœur, ça danse, les sourires sont sur toutes les lèvres, un pur bonheur ! L’énergie dégagée par le groupe est palpable et les deux chanteurs enchaînent les pas de danse avec une santé qui laisse admiratif. Il faut bien un « John and James » pour faire redescendre d’un tout petit cran la tension puis c’est au tour de « Rude Girl » un autre nouveau morceau dont le chant est assuré par Deston Berry, dans un registre calme. Après cette petite baisse d’intensité, les hostilités reprennent de plus belle avec un enchaînement de trois titres forts : « The Region », « Come out » qui fait toujours son effet et enfin « Bobby and Joe » qui déclenche l’hystérie.

Le combo maîtrise parfaitement son set et alterne les périodes fortes avec des accalmies bienvenues qui nous permettent de profiter de la qualité du groupe, tout est parfait, ça joue bien, la section rythmique est à tomber et les harmonies vocales sont au top comme on peut le constater sur « Sing my song » et « Positive ». Les talents de danseurs de Greg Lee et Alex Desert sont mis en évidence lors de l’instru « Clarence Thomas » qui permet à Efren Santana de réaliser un bon petit solo salué comme il se doit. C’est maintenant au tour d’Alex Desert de prendre le lead sur « Leavin », une chanson inédite mais dont on ne peut plus dire qu’elle est nouvelle car Hepcat la joue depuis au moins 2010. Le groupe quitte alors la scène sur une note d’inachevé mais on se doute bien que les choses ne peuvent pas s’arrêter là.

Et effectivement, après les cris du public, les musiciens réapparaissent un par un et c’est reparti pour un « Rudies all around » exceptionnel repris en chœur par tous, et on se dit à ce moment que les concerts devant un public anglophone capable de chanter tout au long d’une chanson ont une autre saveur. Vient le tour de « Miss Congeniality », un titre plus rare mais d’une redoutable efficacité avec ses harmonies vocales qui donnent le frisson, et enfin « Marcus Garvey » toujours efficace et dansant.

Lors d’une petite pause, Greg Lee explique alors qu’Hepcat a lancé une souscription pour la réédition en vinyle de « Right on Time » mentionnée plus haut et que les autres albums devraient suivre afin de pouvoir financer l’enregistrement d’un nouveau disque ! Sur cette nouvelle explosive, arrive un autre nouveau titre « One », très rocksteady dans mon souvenir, avec le Hepcat qu’on aime, des harmonies vocales saupoudrées de petites pincées de cuivres agrémentées d’une rythmique impeccable… A ce moment, je me dis qu’il manque deux ou trois essentiels à ce concert, et ça continue fort avec un « Hooligans » tonitruant où la salle est au bord de l’explosion. Il n’est de bonne compagnie qui ne se quitte, mais évidemment, Hepcat ne peut pas tirer sa révérence sans avoir joué le titre que le groupe appelle « The prozac song » à savoir « No Worries ». Difficile de décrire l’apothéose qu’a constitué ce moment, un groupe déchaîné et bondissant, un public en folie, je suis à court de superlatifs pour expliquer ce passage magique qui est venu couronné ce show.

Au final, les fans présents auront vécu une de ces parenthèse enchantée où tout est réuni pour en faire un souvenir mémorable, une attente de sept ans ou plus, un groupe qui prend plaisir à jouer et un public conquis qui chante et danse comme on le voit rarement dans nos contrées. Un petit recensement autour de moi confirme la certitude d’avoir assisté à un des meilleurs concerts (le meilleur pour certains) de chaque spectateur.

Rodoliv

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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