Rude Boy Train

Rude Boy Train’s Classics – WESTBOUND TRAIN – Transitions (Hellcat Records-2006)

« Rude Boy Train’s Classics », c’est une série de chroniques d’albums qui ont marqué l’histoire du ska, du rocksteady ou du skinhead reggae. Standards objectifs reconnus par le monde entier ou chefs d’oeuvre personnels qui hantent nos jardins secrets, la rédac de Rude Boy Train vous fait découvrir ou redécouvrir ces albums majeurs qui méritent d’avoir une place de choix sur vos étagères ! Rendez-vous le premier vendredi de chaque mois…

UN PEU(BEAUCOUP) D’HISTOIRE : 2001, Boston, Massachusets…  Inspirés par le succès grandissant des formations ska-trad US  comme Hepcat ou les Slackers  qui prennent petit à petit le pas sur les groupes third wave, Obi Fernandez, tromboniste et chanteur de son état, grand fan de soul, monte avec une crème de zicos, comme le bassiste Thaddeus Merritt ou le trompettiste New Yorkais Rich Graiko, Westbound Train, reference au célèbre titre de Dennis Brown.

Dès 2002, ils autoproduisent  « Searching For A Melody », enregistré au studio Version City de King Django. Et d’emblée, ça en jette : si le son est un peu sec (Version City Style !), leurs compos ciselées,  tour à tour ska, rocksteady ou early reggae, interprétées avec une finesse rare et associées à l’influence soul de la voix somptueuse d’Obi Fernandez, nous offrent un premier opus plein de classe qui sera réédité en 2003 sur Megalith Records.

En 2005, ils confirment, avec « Five To Two », sorti chez Stomp Records, un potentiel hors du commun : compos originales, parfaite alliance d’influences jamaïcaines et soul, arrangements taillés dans la dentelle, et la voix d’Obi Fernandez qui progresse et s’impose comme un des atouts majeurs du groupe. On retrouve en guest, signe que le groupe commence a réellement marquer aux US, Alex Desert au toast sur « Soapbox » et au chant comme d’habitude impeccable sur « To Know » qu’on croirait tout droit sorti de la disco d’Hepcat. Même King Django vient prêter main forte sur le dancehall étourdissant « Lyrics Architects ».

Après s’être incrusté sur le Warp Tour et sur le sampler  maison d’Hellcat, « Give’ Em The Boot », le label annonce la signature du groupe. A peine un an après son dernier album, Westbound Train  sort « Transitions » avec pour seule pression de faire au moins aussi bon… Et le résultat est encore à la hauteur, le groupe progressant à tous les niveaux : compos virevoltantes, solos d’enfer et arrangements  vintage. Westbound Train figure au top de la scène US, mais certains zicos s’y sentent malgré tout à l’étroit… « Come And Get It », leur quatrième album sorti en 2009, toujours chez Hellcat, est pourtant encore au dessus, rivalisant clairement avec les meilleurs bands de notre époque, avec l’aide de Dave Hillyard aux manettes. Mais les projets et participations se multiplient, Rich Graicko le trompettiste est partout, entre les Drastics, la création des Void Union, qui tourneront en Europe accompagnant un certain Jr Thomas, celle des Brooklyn Attractors et des participations aux albums des Slackers ou de Dave Hillyard, Thaddeus Merritt est lui aussi des Void Union et monte le Thad Merritt Trio, pendant qu’Obi Fernandez sort un album solo…

Malgré des promesses de nouvel album, un ou deux nouveau titres sortis sur les réseaux sociaux histoire de nous faire languir et quelques trop rares performances live ces derniers mois, le groupe devenu une belle référence, se fait aujourd’hui beaucoup trop rare.

LE DISQUE :  Quand on repose  ce « Transitions » sur la platine et que nos oreilles  retombent  sur un titre comme « For The First Time », où la soul et le ska se confondent pour ne faire qu’un, où la voix d’Obi Fernandez virevolte entre son voile délicat et une puissance maîtrisée, on se rappelle vite pourquoi on aime Westbound Train… Quand derrière, on écoute l’énormissime ska « The Test » qu’on croirait sortit tout droit de chez Coxsone avec sa basse venue d’outre-tombe et ses solos  vertigineux, ce son volontairement vintage, on fond à nouveau de plaisir, comme au premier rendez-vous.

Même s’ils s’expriment sur tous les fronts de notre bonne vieille musique Jamaïcaine depuis leurs débuts, on sent clairement un cap franchi, après le « Five To Two » où le niveau de la prod avait déjà monté d’un cran. Ici, comme sur l’early reggae « Good Enough » avec sa rythmique à l’Hammond,  ses chœurs bien plus chiadés et ses cuivres gorgés de soul aux chorus toujours originaux, on sent les zicos libérés, inspirés, s’appropriant clairement un son , leur son, tel un cocktail de toutes leurs influences,  parfaitement équilibré.

Du « Forgive Me » d’entrée, ska dansant à souhait qui révèle tous les progrès sur ces fameux chœurs, à l’early très funky « Good Enough » où ils deviennent carrément gospel, le tout ponctué d’une superbe virgule de Josh Cohen au sax, en passant par le voluptueux rocksteady « Gone », au final très soul, tout n’est ici que plaisir des oreilles, bonheur  des écoutilles !

On notera la nouvelle participation d’Alex Desert sur la reprise « Fatty Fatty Boom », qui, quoique bien orchestrée, aurait tendance à se la jouer trop slack.

On lui préfèrera évidemment un des nombreux titres d’anthologie de la galette, l’explosif « Soul Revival », bombinette boss reggae avec un Hammond à l’humeur badine,  sur laquelle Alex Desert vient encore une fois prêter main forte en posant un toast halluciné comme il en à le secret.

Quand ils se lancent sur pour la première fois sur un titre 100% soul avec « The Runaround », c’est une véritable démonstration, à l’ancienne, où tout groove comme aux plus belles heures de Stax ou d’Atlantic. Le final est incandescent, d’un seul chœur tous les zicos semblent jeter  au brasier tous les vieux démons  de la soul music…

Un titre comme « I Feel Fine » reste aujourd’hui un de mes ska préféré toutes époques confondues, avec son intro classieuse,  sa rythmique tout en swing,  ses couplets long au phrasé si particulier, son chorus de cuivres et son solo de sax mémorable, tous ces ingrédients qui en font un titre hors du temps.

Il ne faudra pas zapper avant la toute fin de ces seize titres sous peine de rater un des autres grand moments du disque « When I Die », merveilleux rocksteady au texte somptueux, avec un Obi Fernandez au top de l’interprétation, tout en nuances, tout comme les cuivres qui semblent comme voler sur les ailes d’une rythmique du genre implacable.

Surtout que pour finir en apothéose,  ce « Travel On » embrumé, quasi nyabinghi avec son instrumentation minimaliste et  ses deux chœurs féminins légers comme l’air, se pose là. Une dernière pierre pour faire de l’édifice « Transitions » un  incontournable de la dernière décennie, qui classa Westbound Train définitivement  dans les tout meilleurs groupes de l’ère moderne.

Une Classic indéniable qui,  à n’en pas douter, vous rappellera cruellement qu’on attend un successeur au non moins incontournable « Come And Get It !» depuis bientôt 8 ans !

Bronsky

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