Rude Boy Train

RUDE BOY TRAIN’S CLASSIC – ORANGE STREET – Step In…(2000/Small Axe)

« Rude Boy Train’s Classics« , c’est une série de chroniques d’albums qui ont marqué l’histoire du ska, du rocksteady ou du skinhead reggae. Standards objectifs reconnus par le monde entier ou chefs d’oeuvre personnels qui hantent nos jardins secrets, la rédac de Rude Boy Train vous fait découvrir ou redécouvrir ces albums majeurs qui méritent d’avoir une place de choix sur vos étagères ! Rendez-vous le premier vendredi de chaque mois ».

UN PEU (BEAUCOUP) D’HISTOIRE : Comme Western Special, Rude Boy System ou les Viking’s Remedy, Orange Street fait partie de ces groupes qui, au beau milieu des années 2000 où le ska avait pignon sur rue en France grâce au large succès de groupes à l’orientation festive, défendaient fièrement la bannière d’une version beaucoup plus traditionnelle de nos musiques Jamaïcaine.

Formé en 1997, le groupe sort « Step In » en 2000, une des premières prod du label Small Axe. ils nous proposent un cocktail varié de titres entre ska et reggae version early, aux compos solides et au son travaillé à la sauce vintage. Ils sortent dans la foulée un EP de versions dub de quelques titres de ce dernier, nommé « Cayenne Dub Session » en référence à leur studio fétiche de l’époque.

« Shakin Up » le second album sort en 2002 et le groupe affine encore un peu plus ses arrangements, sur des compos moins mixtes, plus radicales, allant du pur calypso au reggae 70’s en passant par le rocksteady et le ska bien sûr. Orange Street se fait une belle réputation sur scène, et ce n’est pas l’EP live « One Live, One Ska »  opus 100% ska de la série « Live and Direct » de Small Axe, enregistré dans un EMB de Sannois en feu, qui nous fera dire le contraire.

Malheureusement, comme de nombreux groupes de l’époque, le groupe souffre de la faillite de Tripsichord, maison mère de Small Axe, mais aussi d’un début de désamour des programmateurs pour un style qui remplissait jusqu’alors convenablement leurs salles.

Orange Street se retouve quelque peu en hibernation, avec beaucoup moins de présence sur scène, jusqu’en 2007 où ils se lancent dans le projet « Odyssée Jamaïque », un set retraçant l’intégralité des 50 ans d’histoire de la musique Jamaïcaine. Ils composent en  parallèle un album ayant la même ambition. Le double skeud, nommé « Pirates & Treasures » sur lequel le talentueux et regretté Little Ced vient prêter la main ou plutôt la voix, sort dans un coffret luxueux  chez Patate Records. Le spectacle, lié à une expo et des conférences tourne partout en France, pendant que l’album réussit son pari de survoler en 24 titres l’ensemble des musiques Jamaïcaine, du Nyahbinghi originel au dancehall le plus électro.

Alors que l’on croyait l’aventure terminée depuis la fin de cette tournée, voilà que courent sur les réseaux sociaux des infos sur un retour du groupe en 2018 dont on espère vous donner des nouvelles prochainement.

LE DISQUE : c’est quand même un gros panard de remettre une oreille et même les deux sur ces vieux albums à l’occasion de la classique mensuelle. C’est encore le cas avec ce « Step In »  qui rappelle tant de souvenirs d’écoutes entre potes et de kilomètres parcourus en région parisienne pour chopper les bonnes soirées.

Pourtant quand « Cadenza » ouvre le skeud avec cette rythmique reggae 70’s lourde ponctuée de ce mélodica impeccable, on est loin de la chaude ambiance que laisse entrevoir une pochette au soleil brûlant. Le titre est plutôt sombre et torturé mais joliment paré de belles envolées de cuivres et de traversière.

Mais, dès « Long Time », la lumière crève l’obscurité : L’early est lègèrement funky, le chorus de cuivres est nickel et on découvre la voix de Masto, mélodieuse et appliquée, bien soutenue par des chœurs délicieux… Ca enchaîne sec avec un ska des familles nommé « Sista Caroll » au swing tiré à quatre épingles, où les vents nous régalent…

S’il y a pas mal de reggae sur ce « Step In », c’est toujours assez vintage pour pas faire pousser de dread à un rasé. Dans le rayon, « Help Me » fait dans le velours avec ses percus entêtantes, tout autant que « No Tranquility »  sur lequel piano et traversière s’entrelacent dans un joli ballet, pendant que  le guitariste vient poser un toast à la cool tout à fait convainquant. « I&I Culture » est dans la même veine et y va de son petit couplet pro cigarette magique alors que sur le final « Ochos Rios », on revient sur de la rythmique en béton armé pour un instru bien posé,  aux cuivres feutrés.

Le cœur de ce premier opus est quand même principalement orienté early-rocksteady et faut avouer qu’Orange Street touche sa bille pour nous proposer des petites pépites dansantes à souhait. Dans le genre, le trio « Cool Down » /  « Keep My Job »/ « What A Night » est pas loin de faire dans le top niveau, avec pour points communs une équipe basse/batterie/percus qui swingue comme peu savent le faire, cette guitare au groove très 70’s, ces claviers qui martèlent le rythme sans défaillir  et ses arrangements cuivres/bois gorgés de soleil et toujours en parfaite retenue. Et comme coté chant, rien à redire non plus, ça assure sans jamais en faire trop, et bien on se fait un beau kiff.

Le dernier mot reviendra quand même au ska qui nous offre deux des plus plus beaux moments de ce  « Step’In » : « Radio Stars » est tendu comme un string ficelle sur un cul de brésilienne, un batteur swing en diable, bien assisté par des percus pertinentes, une ligne de basse obsédante et des cuivres qui se font pour une fois puissants, laissent un terrain grand ouvert a une succession de solos impeccables, avec une mention pour le numéro de haute voltage du pianiste, au dessus. Pendant ce temps-là, « Shufflin’ With Woody » fait comme son nom l’indique dans le pur sixties, avec ses cuivres façon big-band, qui réorchestrent avec une belle inspiration le thème du Pivert le plus connu du monde.

Il y a presque 18 ans, Orange Street, avec ce classic « Step In » aux compos riches et originales et aux arrangements vintages soignés dans les moindres détails, venait inscrire son nom en bonne place dans la liste des groupes Français qu’on aime. Largement de quoi figurer au rayon des classics de Rude Boy Train

Bronsky

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