Rude Boy Train

Anthologie de la musique jamaïcaine des années 50 à 1962 – RDM Edition

Résultat de recherche d'images pour "anthologie de la musique jamaicaine rdm"UN PEU D’HISTOIREA l’origine de ce projet, un certain Jean-Pierre BOUTELLIER,qui avec son fanzine Skanews nous a inlassablement informés jusqu’au début des années 2000, avec la passion comme unique carburant.

De l’autre côté un label : RDM-Edition. RDM-Edition existe depuis 1979 et a édité près de 2000 références en CD et DVD, de Johnny Hallyday à Elvis Presley en passant par Charles Aznavour, Harry Belafonte, James Brown, The Kinks… mais aussi par des films d’Alfred d’Hitchcock…

JP est donc allé toquer à la porte de RDM pour leur proposer le projet « Anthologie de la musique jamaïcaine des années 50 à 1962 volume 1” qui est sorti en mai dernier. Au programme, 4 Cd, 100 titres remastérisés (à partir des 78 tours et 45 tours de l’époque) comprenant du mento, du ska, du shuffle, du jum up,du jazz, du twist… bref, la préhistoire du ska, du rocksteady et du reggae. Parmi les artistes de la compile, que du lourd : Bob Marley, Jimmy Cliff, Roland Alphonso, Don Drummond, Rico Rodriguez, Prince Buster, Laurel Aitken, Derrick Morgan…

C’est aussi JP qui a constitué le livret, choisi les titres et la track-list des 4 CD. Sylvian Mallet, un des meilleurs dans le domaine de la remasterisation s’est occupé dans l’encodage de chaque morceau. Le coffret contient le livret avec un historique ainsi qu’une track-list détaillée avec années de sortie des titres, nom des producteurs…

LES DISQUES: Commençons justement par le seul défaut de cette big compilation : son livret. Certes, le contenu est précis et de qualité, mais on aurait aimé quelques photos, et surtout un papier un peu supérieur. Après c’est sûr que pour 11.71 € les 4 CD, difficile de faire dans le grand luxe, mais peut-être que le fan de base aurait accepté de mettre un ou deux euros de plus pour un produit un chouïa mieux fini. Mais c’est pas ça le principal.

Le premier CD est celui de la préhistoire. Pas encore ska, le son que l’on entend ici oscille entre mento, jazz, shuffle, calypso, boogie… et on comprend que c’est ce genre de came que Mr T.Bone et ses Uppertones ont dû écouter en boucle pour nous pondre ce qu’ils nous pondent depuis quelques années.

Ça commence par un tube, « Boogie In My Bones », le standard de Laurel Aitken que l’on découvre (ou redécouvre) ici dans une version boogie/shuffle (comme son nom l’indique). La version ici présente n’est évidemment pas inconnue, même si on a certainement plus entendu son pendant ska. Il y a deux tonnes de vedettes sur cette première galette, de Roy & Patsy à Owen Gray, en passant par John Holt ou Roland Alphonso… et moi je découvre ce qu’ils faisaient tous avant le ska, influencés qu’ils étaient, à la fois par le rhythm’n’blues américain, et par les musiques caribéennes. Et puis il y a les purs rejetons de l’Amérique, pas jamaïcains pour deux ronds, qui nous sortent du vieux son sudiste qui, on le comprend, a dû égrainer pas mal du côté de Montego Bay. Hank Marr par exemple, nous sert un « Tonk Game » qui  semble osciller entre la Nouvelle Orléans et les bayous du Mississippi, et Titus Turner, avec « Way Down Yonder », nous envoie en 58 un jump blues de toute première catégorie. Et puis on apprendra (enfin moi), que « Murder » n’est pas un titre de The Selecter, mais une création de Owen (Gray) & Leo. Et quand le Cecil Lloyd Quintet s’y met, on croirait presque écouter du free jazz  tellement ça part dans tous les sens.

Le deuxième disque est nettement plus traditionnel. On nage encore en plein calypso avec Byron Lee et ses Dragonaires sur « River Bank Jump Up », et c’est forcément très dansant, mais on entre dans le vif du sujet, le ska, le vrai, le pur, dès que Roland Alphonso balance son « Reload » d’une qualité assez imparable. On sent bien le son de l’époque sorti des studios d’enregistrement de Leslie Kong, de Duke Reid ou de Coxsone Dodd, et on se dit que des vieilleries pareilles c’est quand même bien agréable à se mettre dans les esgourdes en 2018. Et au passage, comme sur le skeud précédent avec « Murder », on découvrira que « Doin Time » de Chris Murray est en fait un morceau de Derrick Morgan (« Forward March »). Comme quoi la musique jamaïcaine, comme la musique en général, n’est qu’un éternel recommencement.

La troisième partie de cette gigantesque somme commence avec des tambours qui donnent à l’ensemble un côté très afro, et c’est les Folkes Brothers qui balancent leur hit « Carolina », accompagnés par Count Ossie et son Afro Combo, comme quoi je ne suis pas tellement trompé au milieu de ma phrase. Baba Motta et son Orchestre nous envoient un vieux calypso de 1954, « Kitch », et moi j’adore ça, notamment le phrasé tellement typique de genre trop peu usité de nos jours. J’aime aussi la version de « Penny-Reel » par le Calypso Quintet, même si le son est limite limite, l’incroyable finesse du « Behold » des Blues Busters (certainement LE meilleur groupe de cette époque), ou encore « Calypso Jazz », une obscure variation autour de « Jamaica Farewell » qu’avait popularisé Harry Belafonte sur Calypso », le premier album vendu à plus d’un million d’exemplaires (ce dernier morceau est d’ailleurs présent à la fin du quatrième volume).

Quant à la dernière partie, en plus de nous remettre un coup de Byron Lee, personnage décidément incontournable de cette ère-là avec sa B.O de Dr No, elle nous ressert du grand Laurel Aitken des débuts avec ses Boogie Cats, pour un « Boogie Rock » qui fait plus que bien la blague. Grosse impression aussi sur le « 12 Minutes To Go », instrumental d’une grande classe par Duke Reid et ses potes, ou sur le « White Christmas » de Simms & Robinson, totalement inconnus au bataillon jusqu’à présent.

Et c’est bien là tout l’intérêt de cette compilation massive: nous faire découvrir des raretés qu’on n’a pour la plupart  jamais entendues ailleurs, avec un mélange de tous les styles qui ont forgé les musiques jamaïcaines qu’on aime depuis des décennies : le ska, le rocksteady, le reggae. Ce qu’on écoute ici s’apparente à de l’archéologie musicale, et propose en quatre volumes de se replonger dans cette période qu’on n’a pas connue mais qui s’apparente plus que jamais à un âge d’or. Merci à JP à RDM d’avoir fait le job de si belle façon.

Vince

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