Rude Boy Train

KINGSTON FACTORY PRESENTS THE EAST COAST SESSIONS – Liquidator Music

UN PEU D’HISTOIRE : Rude Boy Train vous parle souvent, sans que vous vous en doutiez forcément, d’Esteban Escalzo. Et pour cause, il est quasiment dans tous les bons coups venus d’Argentine ces dernières années… La liste serait trop longue, mais le batteur et producteur natif de Buenos Aires tient ce rôle dans deux des meilleures formations locales, j’ai nommé Gigantes Magneticos et les fabuleux Los Aggrotones.

Avec son bon goût pour les sons jamaïcains old school et son appétit dévorant, il collabore au grés de ses aventures avec de très nombreux artistes comme Pat Kelly, Derrick Harriot,  The Upsttemians, The Upshifters ou bien les locaux Mimi Maura, Hogo Lobo, Smocking Flamingos et autres Satelite Kingston ou Los Hamptons.

Après un voyage sur la côte est des Etats Unis où il rencontre de nombreux artistes locaux de la scène ska et reggae, il est convaincu qu’il se doit d’y revenir pour monter un projet musical… Bagages sur le dos, remplis de titres aux contours déjà dessinés à Buenos Aires par le noyau des Gigantes Magneticos, il se pointe mi-2017, pour trois semaines de boulot, pendant lesquelles  il multiplie les sessions d’enregistrement un peu partout dans les studios des uns et des autres, de Washington en passant par Brooklyn ou le Queens entres autres coins de New York, lui permettant d’échanger en live avec chacune de ses rencontres parmis lesquelles figurent,  excusez du peu, Jay Nugent, Dave Hillyard, Larry Mac Donald, Victor Rice ou bien encore le batteur des Frightnrs Rich Terrana.

Il remballe les bandes pour les mixer chez lui à Buenos Aires avant de revenir quelques temps plus tard pour y coucher les voix, et là le line-up est encore top-niveau, entre King Django, Jah Point, Carlton Livingston, Maddie Ruthless, Caz Gardiner ou bien encore Steve Jackson…

C’est donc en cette rentrée 2018 qu’on peut admirer le résultat, nommé « Kingston Factory Presents The East Coast Sessions »,  formidable melting-pot reggae dont on ne saura trop remercier Liquidator Music d’avoir permis la parution.

LE DISQUE : Je m’souviens de mes premières reviews où Vince, le rédac-chef, me conseillait de pas forcément faire dans le détail, titre après titre, histoire de fluidifier un peu la sauce, sa lecture pouvant rapidement devenir aussi chiante que le dernier Musso…

Mais ici, pas tellement moyen de faire autrement sans dénaturer ce qui se veut le récit du road trip d’un des producteurs les plus talentueux actuels, Esteban Descalzo.

Ambiance tout naturellement Aggrotones sur « The Line » qui ouvre l’opus… Les même fabuleux claviers planants, la rythmique détachée, et la voix de Kelly Di Filippo, des Loving Paupers, première invitée, qui se fait  proche de celle d’Hollie Cook et nous place le premier crochet.

Jay Nugent qui pointe le bout de sa guitare juste derrière accompagné de son fidèle Jah Point au chant, pose son estampille « Crazy Balhead » sur  « Nah Face The Light » aux faux airs de rumba funèbre, parfaitement ponctué par  l’excellent mélodica de Daniel Flores, à faire froid dans le dos !

Pour remettre l’ambiance à l’endroit, pas besoin de « Queuleuleu » quand on a dans sa valise un rub-a-dub du calibre de « Parlor ». Méchamment cool, ça pioche dans le meilleur du Version City, même si King Django n’y est pour rien ici et passera plus tard. Le flow est assuré de voix de maître par un Jr Mukka aka Daniel Frith rudement bien inspiré dans le registre ragga pépère… Le Jamaïcain Carlton Livingston prend le relais dans la même veine sur un « Teaser » plus reggae mais tout aussi  groovy,  bardé de tout son attirail d’arrangements : break dub impeccable, percus entêtantes et guitares subtiles. La première face de la galette se conclue en beauté sur la finesse des notes de sax de Dave Hillyard, soulignant l’interprétation non moins fine d’Alex Tea sur ce « Barbara »,  merveilleuse sucrerie rocksteady dont on ne se lassera pas avant longtemps.

Le temps de retourner le skeud et c’est au tour de Maddie Ruthless et son pote guitariste du Channel Tubes Brett Tubin de venir nous la jouer façon Far East, sur un « Shadows Of The Street » en mode reggae vaporeux, aux chœurs et claviers fumeusement sublimes, qui vient dresser un pont entre les influences du patron Argentin et de la belle New Yorkaise.

On file ensuite pour de vrai au Version City, même si la compo de « Please Just Don’t » porte le sceau sombre et profond D’Escalzo. Mais King Django, en grande forme vient marquer le titre d’une interprétation superbement nuancée, le tout conclut par un nouveau passage essentiel du sax de David Hillyard.  Et c’est pas avec « Sounds » qu’on va débander : Stephen Jackson se montre lui aussi tout à son aise sur ce rocksteady dépouillé, au piano léger et aux chœurs tout simplement merveilleux…

Descalzo enchaîne donc les hits comme on enfile des perles avec un nouveau numéro voluptueux de Caz Gardiner du niveau de son LP avec les Badasonics, un reggae tout sweet and soul, avec la Bandulus Leah Farmer qui assure grave aux chœurs tout comme Matt Mason et son Baryton, impérial…

Le tout finit en toute simplicité avec Victor Rice à la basse et Larry Mac Donald aux percus pour une nouvelle démonstration du style Descalzo, avec ses nappes d’Hammond puissantes, ses pianos profonds qui permettent à Brian Davis, découverte supplémentaire, de nous faire une superbe démo de son talent au chant…

Ce « Kingston Factory Presents The East Coast Sessions » installe définitivement la classe d’Esteban Descalzo et révèle toute son influence sur tout ce qu’il touche depuis quelques années. Ici, il embarque tranquillement chacun des zicos à son bord, laissant à chacun suffisamment d’espace pour marquer les titres de leur empreinte, si discrète soit-elle. Ce souci du détail rend chaque nouvelle écoute plus cool que la précédente. Un plaisir exponentiel dont les fans des Aggrotones mais aussi tous ceux de reggae vintage aux ambiances profondes se délecterons de longues heures et surement de longues années.

Bronsky

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