Rude Boy Train

RUDE BOY TRAIN’S CLASSICS – New York Ska-Jazz Ensemble – New York Ska-Jazz Ensemble (Moon Records – 1995)

« Rude Boy Train’s Classics », c’est une série de chroniques d’albums qui ont marqué l’histoire du ska, du rocksteady ou du skinhead reggae. Standards objectifs reconnus par le monde entier ou chefs d’oeuvre personnels qui hantent nos jardins secrets, la rédac’ de Rude Boy Train vous fait découvrir ou redécouvrir ces albums majeurs qui méritent d’avoir une place de choix sur vos étagères ! Rendez-vous le premier vendredi de chaque mois…

UN PEU (BEAUCOUP) D’HISTOIRE : En 1994, Fred Reiter et Rick Faulkner, respectivement saxophoniste et tromboniste des Toasters, décident de démarrer un side-project à base de ska et de jazz, qu’ils appelleront tout simplement NEW YORK SKA-JAZZ ENSEMBLE, puisque les deux gars sont de la grosse pomme. En 2018 ça parait banal, mais en 94 prétendre faire du ska-jazz était quasi révolutionnaire.

Pour sa première formation, le groupe alignait donc ces deux Toasters, un troisième en la personne de Johnnathan McCain à la batterie, et pour compléter l’affaire rien de moins que Devon James à la gratte (Skatalites), Victor Rice à la basse (Scofflaws), et Cary Brown aux claviers (Scofflaws). All star band donc, vous l’avez compris.

Un premier album éponyme sort en 95 sur Moon Records, largement acclamé, et pour Fred et Rick, ce qui n’était qu’un projet parallèle va rapidement devenir une activité à plein temps.

Moon Ska Record publie dès 1996 le second opus, « Low Blow », sur lequel tout un tas de purs musiciens viennent poser quelques notes : Sledge à la trompette (Toasters), Vic Ruggiero à la gratte (Slackers), Buford O’Sullivan au trombone (Scofflaws), Caz Gardiner (Checkered Cabs) ou Steve Jackson (Pietasters) au chant.

En 1998, le groupe sort « Get This », son troisième LP toujours sur Moon Ska, et Rocksteady Freddie et Rick Faulkner commencent petit à petit à se détacher des Toasters. Le combo se met légèrement en stand-by côté studio dans les années qui suivent, et en 2001 sort sur le label canadien Stomp Records un « Live In Europe » (édité aussi par Grover).

Pour « Minor Moods », le quatrième opus sorti en 2002 sur Alternative Produzioni en Italie, puis sur Brixton Records en Espagne et Megalith aux USA, le combo a été entièrement remanié autour de Fred Reiter. Rick Faulkner a quitté l’aventure, remplacé par Mr T. Bone, Peter Truffa est au clavier, et exit Devon James, Vic Rice… En 2002, le NYSJE tourne à fond autour de Freddie, ce qui ne se démentira pas au cours des années suivantes.

« Skaleidoscope » sort en 2005, d’abord sur le label français Active Sound, avec en guest au chant une certaine Sharon Jones (que personne ne remarque à l’époque), et c’est en 2008 que Brixton Records sort « Step Forward », le sixième album sur lequel Freddie a notamment été rejoint par l’espagnol Alberto Tarin à la guitare.

Un « Live In Paris » débarque l’année suivante, avec Mark Paquin au trombone (l’un des piliers du groupe depuis le milieu des années 2000, en outre bassiste de The Pretty Reckless, le groupe de Taylor « Gossip Girl » Momsen), et le septième album studio du groupe, « Double Edge », sort en 2011. Depuis, plus grand chose à se mettre sous la dent, à part un nouveau live il y a deux ans (« Live In Gouvy », Brixton Record), et un Ep, « Free As A Bird », en 2014.

Le groupe ne semble par avoir de projet studio pour le moment, mais il est de retour en Europe en cette fin d’année, notamment du côté de l’Italie et de l’Allemagne…

LE DISQUE : En 95, cet album avait été un petit événement. A cette époque, toute la scène ne jurait que par les Toasters, alors quand nous apprîmes que trois d’entre-eux démarraient un projet parallèle avec une dream team de NYC, il y eu des bouffées de chaleur et des débuts d’érection.

Il faut dire qu’en douze morceaux, six reprises et autant de compos, le groupe de New York allait mettre le ska-jazz sur le devant de la scène, bien avant l’arrivée du Nancy Ska-Jazz Orchestra, du Saint Petersburg Ska-Jazz Review,  du Rotterdam Ska-Jazz Foundation ou du North East Ska-Jazz Orchestra. Bref à l’époque, le ska-jazz, à part chez le Tokyo Ska Paradise Orchestra ou d’une certaine manière chez les Skatalites, on n’en trouvait pas des tonnes.

Ici tout démarre en fanfare avec « I Mean You », empruntée à Thelonious Monk. Par le NYSJE, c’est propre et c’est net, rapide, véloce, hyper dansant et d’une fluidité assez remarquable. Et ce qui est bien, c’est que la réappropriation est réussie tout en gardant la base originale dont on reconnait parfaitement la mélodie. Côté reprises, le « Haitian Fight Song » de Charlie Mingus et interprété ici dans esprit proche de la version big band, sur laquelle les New-Yorkais ont ajouté du contretemps pour un résultat de toute beauté. « Harlem Nocturne », reprise mille fois (notamment par Duke Ellington), fait ici superbement bien la blague, parfaite d’équilibre entre racines jazz et transposition jamaïcaine.  « Nelson Mandela », du pianiste Sud-Africain Abdullah Ibrahim, est ici pas mal transformée, accélérée, et quand le groupe reste sur ses terres pour reprendre Toots And The Maytals (« John & James », seul morceau chanté), il frape un grand coup en invitant un autre trio vocal (celui d’Hepcat) composé par Greg Lee, Alex Desert et Deston Berry.

Côté compos, le niveau reste très haut et monte même peut-être d’un cran (on est toujours plus méritant quand on compose) comme le montre « Prime suspect », parangon de ska-jazz rapide, millimétré, parfaitement maîtrisé par Freddie et ses potes, tous parfaitement inspirés, ensemble ou en solo. Grosse impression aussi sur « Bob Barker », composée par le grand Victor Rice, avec un invité de prestige en la personne de Tommy McCook au sax. Classe.

Le final sur « Midnite Crazies » est superbe, mais ce qu’on retiendra surtout de ce premier effort, c’est « Elegy », titre-phare de la discographie des New-Yorkais, quasi passage obligé de tous leurs concerts, où Rocksteay Freddie fait des miracles avec sa flûte traversière. C’est renversant comme un koshi guruma subtilement envoyé par un Teddy Rinner des grands jours, ça vous monte au cerveau et ça vous trotte dans la tête perdant des heures, des jours, des semaines, et quand vous remettez-ça dix ans plus tard, vous avez l’impression de reconnaître chaque note, chaque mesure, chaque souffle, chaque claquement de caisse claire.

C’était à New York en 1995. Ça n’a pas pris une ride.

Vince

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