Rude Boy Train

RUDE BOY TRAIN’S CLASSICS – THE ETHIOPIANS – Reggae Power (1969-Trojan Records)

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« Rude Boy Train’s Classics », c’est une série de chroniques d’albums qui ont marqué l’histoire du ska, du rocksteady ou du skinhead reggae. Standards objectifs reconnus par le monde entier ou chefs d’oeuvre personnels qui hantent nos jardins secrets, la rédac’ de Rude Boy Train vous fait découvrir ou redécouvrir ces albums majeurs qui méritent d’avoir une place de choix sur vos étagères ! Rendez-vous le premier vendredi de chaque mois…

UN PEU (BEAUCOUP) D’HISTOIRE : Retour sur de l’historique pour la Classic de Rude Boy Train, du pur, du gros, du lourd, comme on dirait ! The Ethiopians, c’est forcément un nom qui caresse les oreilles de tout bon rude boy qui se respecte. Formé par Leonard Dillon, sa pierre angulaire et Stephen Taylor, le duo vocal, parfois trio, est de ceux qui ont donné leurs lettres de noblesse au reggae.

Leonard Dillon taillait des pierres près de Port Antonio après avoir appris le chant et la musique aux côtés de son père, chef de chœur de l’église locale et avoir fait ses armes dans sa période lycée dans un groupe nommé The Playboys…C’est à cette époque que lui est donné le surnom de Sparrow, rapport à la tonalité de sa voix qui évoquait beaucoup de mélancolie.

A la recherche de travail, il déménage à Kingston, part en Floride quelques temps comme ouvrier agricole, avant de revenir s’installer à Trenchtown, logé par la tante du DJ King Sporty. Il rencontre alors Peter Tosh, qui le présente aux Wailers et l’emmène aux Studio One de Coxsone, où il enregistre ses premiers titres mento sous le pseudo de Jack Sparrow.

Dès 1966, il s’associe à Stephen Taylor, puis un peu plus tard à Aston Morris pour fonder The Ethiopians. On est un peu au bout de la première ère ska, et leur titre « Free » enregistré cette année-là, est un de leurs rares titres du genre même si « Live Good » ou « Owe Me Don’t Pay Me » sortis chez Studio One sont le cul entre les deux chaises ska et rocksteady.

Aston Morris les quitte rapidement, ayant une famille à élever, et c’est en duo qu’ils quittent la maison Coxsone pour rejoindre le Dynamic Studio du label WIRL. Continuant à travailler en parallèle, Dillon trouve un mécène pour produire « Train To Skaville » qui sort chez WIRL en Jamaïque et sous le label RIO qui deviendra ensuite Doctor Bird en Angleterre… « The Whip » et « Cool It Amigo » qui suivent sont enregistrés avec Lynn Taitt And The Jets et confirment le succès du groupe. Ils partent même en tournée plusieurs semaines en Grande Bretagne.

Melvin Reid se joint au groupe qui se retrouve a nouveau en trio, sans que ce ne soit jamais vraiment officiel. Ils passent par les mains de Lee Perry pour le titre « Cut Down(On Your Speed) » avant la sortie de leur premier album « Engine 54 » qui marche fort avec ses grosses pépites que sont « Give Me Your Love », « Long Time Now », ou encore l’énorme « Come On Now ». Mais c’est avec le producteur Carl « Sir JJ » Johnson qu’ils vont écrire les plus belles pages de leur histoire… Avec « Everything Crash », le propos devient plus politique et les compos changent de ton… Si elles sont moins léchées que sur « Engine 54 », leur son devient plus rêche et évolue vers un early reggae brut de pomme et l’on sent poindre, avec des percus très présentes, les premières influences rasta de Dillon. En 69, ils enchaînent les hits, avec JJ aux manettes : « What A Fire », « Hong Kong Flu » ou encore « Woman Capture Man » obtiennent de beaux succès des deux côtés de l’océan. Ils sortent deux albums chez Trojan Records « Reggae Power » et justement « Woman Capture Man »

A partir de 1970, Dillon et son groupe se balladent de studio en studio, enregistrant pour nombre de producteurs dont Lloyd « The Matador » Daley (le somptueux « Satan Gal »), Duke Reid (« Pirate », dirigé encore par Daley), Derrick Harriott (« Good Ambition »), Rupie Edwards (« Hail Rasta Man »), Alvin Ranglin (« Love Bug »), Prince Buster (« You Are For Me »), Joe Gibbs (« Ring A Burn Finger »), Bob Andy (« The World Is Love » ), et Lee Perry (« Life Is A Funny Thing » »).

Malheureusement, Taylor décède dans un accident de la route en 1975 et Dillon a fort du mal à s’en remettre. Il revient malgré tout avec une nouvelle mouture des Ethiopians, rejoint par des compagnons de sa communauté rasta mais aussi Melvin Reid, pour enregistrer l’excellent « Slave Call » pour Niney The Observer, ainsi que quelques singles pour Joe Gibbs, Winston Riley ou Rupie Edwards.

Dès 1978, Dillon vire en mode solo sous le nom de Ethiopian et enregistre « Open The Gate Of Zion » pour Alvin Ranglin, puis « Everything Crash » pour Studio One en 1980 ou figure « Locust » un superbe reggae couché sur le riddim de « Train To Skaville » remixé.

Après encore quelques albums, dont « Dread Prophecy » partagé avec The Gladiators, sorti sur le label US Nighthawk, et de nombreuses tournées partout dans le monde, la riche histoire de The Ethiopians se termine définitivement le 28 septembre 2011 avec le décès de Leonard Dillon, nous laissant une des plus fabuleuses œuvres de la musique Jamaïcaine.

LE DISQUE : « Reggae Power » VS « Engine 54 », tel était mon dilemme une fois la grosse bio des Ethiopians terminée… Car on est bel et bien avec ces deux albums sur une période charnière évidente pour le groupe, comme pour la musique Jamaïcaine d’ailleurs. « Engine 54 » suit la tendance rocksteady post-ska avec des titres essentiellement dédiés aux histoires d’amour alors que « Reggae Power », lui, propose des titres aux airs plus politiques après les conflits de 67/68 pendant  que la musique s’assèche et où l’on sent poindre les premières influences rasta de Leonard Dillon…

Après le régal provoqué par les quelques écoutes des bijoux que sont « Train To Skaville », « Long Time Now » ou encore « Come Over » à la production tirée à quatre épingles et aux cuivres parfaits, c’est pourtant vers « Reggae Power » que mon cœur a fini par pencher.

Parce que même si les cuivres de « Woman Capture Man » sont moins précieux que ceux d’un « Gimme You Love », leur impact, sur cette syncope reggae rapide, est énorme… Les deux voix de Dillon et Taylor  forment un duo parfait et contrasté…

Sur « Everything Crash », le gimmick guitare/piano carrément entêtant pondu par les Carib Beats de Bobby Aitken laisse une voie royale pour une tune coup de poing dénonçant les dérives d’un période politique plus que chaude sur l’île.

« What A Fire » envoie lui aussi du méchant et ne pas fait partie des incontournables du « Reggae 69 » pour des cacahuètes! Faut dire qu’on a clairement à faire ici aux débuts du boss reggae, avec un rythme complètement hypnotique et une guitare tranchante comme un coupe-chou… Là-dessus, Dillon envoit du lourd avec des harmonies flambloyantes pas si éloignées des Maytals.

Y’a deux instrus tranquillement posées sur ce skeud, un « Robert F. Kennedy » plus funky que reggae, impeccable malgré tout, et ce « Dollar Of Soul » toujours bien funky mais lui beaucoup plus reggae, proche d’un « Tighten Up », qui montre bien que les gars du Sir J.J. sont pas plus manchots que ceux de Coxsone ou Harriot.

Comme une coutume bien Jamaïcaine, le line-up de l’album compte sa petite bizarrerie d’édition avec la présence de « Free » qui n’est autre que le ska « Free Man » enregistré chez Studio One. On sait pas trop ce que ça fout là, mais c’est tellement bon avec ce trio basse-batterie-piano semblant sortir d’outre- tombe, véritable signature des prods de Coxsone de l’époque, et ces voix tout en retenue qui contrastent tant avec le reste de la galette, qu’on boude pas trop notre plaisir !

« Hong Kong Flu » est une furieuse machine à guincher malgré un squelette famélique avec ses trois notes de congas et les deux tons d’un rythme aussi répétitif qu’une boucle techno. C’est le chorus de cuivres simple mais diablement efficace, mais surtout ce refrain incroyablement addictif qui en font un incontournable encore aujourd’hui… « Gun man » est un peu dans la même veine minimaliste mais essentielle alors que « Losing You » fait dans le rocksteady beaucoup plus traditionnel, avec des chœurs au ton presque féminin qui viennent habilement sublimer le chant de Dillon.

C’est sur « One » mais encore plus sur « Feel The Spirit » qu’un début d’influence rasta est la plus évidente. Les paroles scandées du premier titre, posées sur des percus mises en avant, tout juste relevées d’un léger gimmick de guitare, appellent à l’unité. Si l’instru du second est beaucoup plus riche avec un piano bien présent, les percus quasi Nyabinghi et le mix très planant avec les voix à moitié en reverb, donne à l’ensemble un air de prêche jubilatoire…

Forcément, ce second album des Ethiopians est moins propret que son prédécesseur « Engine 54 », mais là où Coxsone semblait se satisfaire de produire, même bien, un groupe vocal de plus, Sir J.J. avec ses choix de production plus radicaux et des instrus souvent minimalistes, semble tirer la quintessence du duo Dillon/Taylor. Avec ce « Reggae Power » le producteur et les Ethiopians marquent un jalon de l’histoire de la musique Jamaïcaine tout en ouvrant quelques portes de son futur.

Bronsky

 

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