Rude Boy Train

THE SPECIALS – Encore – Universal

Encore [Explicit] (Deluxe)UN PEU D’HISTOIRECeux qui racontent que les SPECIALS n’ont rien sorti depuis 39 ans (et leur second LP « More Specials ») se trompent. Un groupe composé de Roddy Byers, Neville Staple, Lynval Golding et Horace Panter, a sorti « Today’s Specials » en 1996, puis « Guilty’ til Proved Innocent ! » en 1998. Une autre formation, sans Lynval Golding, mais avec Neol Davies de The Selecter, a publié « Skinhead Girl » en 2000, et « Conquering Ruler » en 2001, entièrement composés de reprises (comme « Today’s Specials » d’ailleurs dans un registre plus pop). Et puis bien sûr, il y avait eu « In The Studio » en 1984 sous le nom de The Special AKA, avec Jerry Dammers et John Bradbury.

Ce dernier est mort, cet avant-dernier est fâché depuis près de quatre décennies, et Byers et Staple ont décidé d’aller voir ailleurs.

Les Specials d’ « Encore » ce sont donc Terry Hall, Lynval Golding et Horace Panter, accompagnés de quelques fines gâchettes comme Steve Cradock à la gratte (Ocean Colour Scene) ou le Danois Nikolaj Torp Larsen aux claviers.

« Encore » vient tout juste de sortir. On ne pouvait pas passer à côté…

LE DISQUE: Faut bien avouez qu’on a été quelques-uns à se retrouver désarçonnés à la première écoute du nouvel album des Specials. Ce groupe, c’est un peu la statue du Commandeur. Il est au ska ce que Michael Jordan est au basket ou ce que Village People est au fist-fucking.

Alors il a fallu réécouter, attentivement, et rapidement le disque s’est trouvé une place bien à lui.

On peut d’abord s’étonner de ne trouver ici que dix titres, surtout que trois sont des reprises. Mais avec le groupe de Conventry, on est habitué. Celle qui démarre le disque, « Black Skin Blue Eyed Boys », est empruntée à The Equals, le groupe british emmené par Eddy Grant, déjà auteur de « Police On By Back » reprise par le Clash. C’est donc dans une ambiance funky que ça attaque, et les Specials livrent une version moins sèche que l’originale, extrêmement bien interprétée, même si ça semble plus groover en live (voir la vidéo du 100 Club). Ensuite, le groupe reprend « The Lunatics Have Taken Over The Asylum » de Fun Boy Three, donc un peu aussi des Specials. Ici, le beat se fait plus reggae, un peu à la « Friday Night Saturday Morning » (cette ligne de basse), et se débarrasse des oripeaux new-wave de l’originale pour un résultat qu’on qualifiera de sympathique à défaut d’être transcendant. Enfin, c’est vers The Valentines (les mêmes que The Silvertones) que se tourne la fine équipe avec « Guns Fever » ici baptisée « Blam Blam Fever », qu’on accueille avec une certaine bienveillance, même si clairement cette version n’apporte pas grand chose à l’originale.

On préférera lorgner du côté des compos, dont « Vote For Me », qui dans un esprit reggae nocturne et neurasthénique s’impose comme l’un des climax de cet album, avec ses allures de « Ghost Town » 3.0. L’impression est excellente aussi sur « BLM » (pour Black Lives Matters), morceau funk construit autour d’une boucle rythmique implacable sur laquelle un Lynval Golding des grands jours vient poser son flow avec style.

Y a un plan vaguement polka à la Madness, « Breaking Point », pas vilain mais pas tout à fait convaincant non plus, et un gros reggae, « The Ten Commandments », chanté, ou plutôt scandé par Saffiyah Khan (la fille qui avait été arrêtée par la police avec son t-shirt des Specials lors d’une manifestation anti-fasciste) comme si c’était un vieux LKJ mélangé à du Sonic Boom Six. Propre et net.

« Embarrassed By You » fait dans le rocksteady moderne, et Lynval Golding, encore une fois, donne de la voix bien comme il faut, remplaçant vocal parfait d’un Neville Staple parti voir ailleurs si l’herbe était plus verte. On aime bien aussi « The Life And Time (Of A Man Called Depression) » malgré son côté musique d’ascenseur, et la conclusion, « We Sell Hope », est absolument magnifique, même si c’est encore pas sur ce coup-là que le groupe va nous envoyer de la franche gaudriole.

S’il manque quelque chose à ce disque, c’est probablement ça : un peu de joie, un peu de légèreté, un peu de soleil, un peu d’espoir et un ou deux morceaux ska pour rendre l’ensemble plus varié et moins austère, à l’image de cette pochette pas très engageante. Oui, mais le brexit est passé par là, les démagos de tous bords sont à nos portes, et comme il y a 40 ans, les Specials offrent à nos sens avec ce nouvel opus une photographie de l’Angleterre d’aujourd’hui. On espère que Jerry Dammers aussi a trouvé ça bien.

Vince

NB : La version deluxe de l’album propose 11 morceaux live enregistrés en 2014 au Bataclan et en 2016 au Troxy de Londres. Comme ça ça a l’air de faire remplissage, mais non, les titres sont bien produits, bien choisis, bien arrangés, y a une belle version guitare/voix de « Redemption Song », et le groupe reprend avec une classe monumentale « All The Time In The World » de Louis Armstrong, à mon avis la plus belle chanson d’amour de tous les temps, avec un Terry Hall très inspiré.

 

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