Rude Boy Train

THE SPECIALS – Den Atelier (Luxembourg) – 31 mars 2019

Résultat de recherche d'images pour "the specials den atelier"Et alors, ça vaut quoi THE SPECIALS live en 2019 ?

Ben figurez-vous que ça tient toujours bien la route. Passons sur le débat vrais Specials/faux Specials, on en a déjà pas mal parlé à l’occasion de la sortie du dernier album.

Ici, on a donc droit à une formation avec Terry Hall au chant, Lynval Golding à la gratte et Horace Panter à la basse. Voilà pour les anciens. Mais les anciens sont accompagnés par Steve Cradock à la guitare (Ocean Colour Scene) et Nikolaj Torp Larsen aux claviers. Et les deux gars sont loin d’être des manchots. Vous ajoutez une section cuivres trompette/trombone et bim, c’est parti pour une ribambelle de hits.

Pour la setlist, c’est la même que celle de Cologne à une inversion près, et il faudra m’expliquer qui a eu l’idée de mettre « The Man At C & A » en entame de set. Parce que ce morceau est tout sauf calibré pour le live. Ok, le groupe a bien bossé l’intro pour lui donner de l’ampleur, du coffre, et le décor de scène (certainement signé Horace Panter), à base de pancartes revendicatives, colle parfaitement aux paroles. Mais ça n’est ni assez dansant, ni assez énergique pour débuter un live.

Le groupe enchaîne avec deux de ses plus grands titres : « Rat Race » un peu en demi-teinte à cause de larsens malvenus et d’un Terry Hall pas tellement en place, et « Do Nothing », peut-être leur meilleur morceau (en tout cas mon préféré), mais là aussi foiré par un chanteur incapable de remettre les couplets dans l’ordre. Bref, on est excité comme un curé à la pouponnière, mais on se demande où va voguer le navire. Ça continue avec « Vote For Me » et « Friday Night, Saturday Morning », pur hit aussi mais pas franchement mis en valeur sur ce coup-là. L’ambiance est au reggae nocturne et nostalgique, pas à la fête avec les potos dans une paillote de Montego Bay. Suivent « Embarrassed By You », pas mal, puis « Blank Expression », qui ne m’a jamais semblé être un indispensable du répertoire des sept de Coventry. « Doesn’t Make It Allright » c’est pareil, pas fait pour les concerts, et le niveau monte un peu avec « The Lunatics », même si on ne va pas non plus se taper le cul par terre.

C’est en fait avec l’interlude jamaïcain que le concert va basculer. Le combo envoie « Blam Blam Fever » des Valentines – ça fait bouger les rasés – puis « A Message To You Rudy » de Dandy Livingstone » que tout le monde connait, même les moins connaisseurs, et là la fosse commence sérieusement à s’agiter. Et les Specials d’enfoncer habilement le clou avec un excellente version de « Stereotype », et une dernière ligne droite disco/funk quasi électro de très belle facture. Les mecs marquent des points. La pas très souriante Saffiyah Khan vient poser son flow sur « 10 Commandments », et la pression continue de monter avec « Black Skin Blue Eyed Boys », même si Terry Hall, toujours assez neurasthénique (on a l’habitude), semble plus concerné par sa cigarette électronique que de par ces élucubrations funky.

Et là on part sur du gros ska qui va mettre tout le monde d’accord : « Nite Club » pour réveiller les morts (ça marche à chaque fois), « Do The Dog » pour réveiller les morts, et « Concrete Jungle » pour réveiller les morts. Il est environ 22h, le groupe joue depuis une heure, et tout le monde est parfaitement réveillé. Même Terry Hall figurez-vous ! Le gars va même nous sortir une ou deux vannes…  « Monkey Man » va forcément faire son petit effet, au même titre que « Gangsters », standard incontournable qui emporte pas mal de suffrages. Dans le pit, ça transpire à grosses gouttes dans les polos Fred Perry, et avec « Little Bitch », ça se bouscule en gueulant des « one two » en veux-tu en voilà. Avec « Too Much Too Young », le groupe remet un peu de calme dans un Atelier chaud bouillant, et toute l’équipe sort de scène histoire de se faire applaudir copieusement.

Pour le rappel, on a droit à « Ghost Town », chef d’oeuvre incontestable mais trop sur-produit, trop chargé d’ambiance difficile à reproduire sur scène, pas assez direct et efficace pour emporter une totale adhésion. Et ça se termine sur « You’re Wondering Now » des Skatalites, bien en guise de queue de comète, avec pas mal de sing-along et de cris pour que ça continue. Mais ça dure déjà depuis 1h40 et les vieux veulent aller se boire une verveine.

Conclusion : Ça manquait certes de Neville Staple et de Roddy Byers, mais le groupe tient toujours parfaitement la route, bien armé qu’il est avec son répertoire de toute première bourre et ses remplaçant inspirés. La première partie pas toujours convaincante a été très bien rattrapée par la seconde, nettement plus enlevée, dansante et joyeuse. Terry Hall a été fidèle à lui-même et on a tous été content de le revoir, Horace Gentleman a été très à l’aise, très présent sur la totalité du set, et Lynval Golding, malgré les années qui commencent sérieusement à peser, s’est montré concerné comme si c’était lui le frontman.

On aurait aimé un petit hommage à Ranking Roger et une set-list un peu mieux gaulée : il est incompréhensible d’envoyer « The Man At C & A » ou « Blank Expression » et de faire l’impasse sur une chanson aussi indiscutable que « Hey Little Rich Girl », sur « Dawning Of A New Era » ou sur un quasi-instru du niveau d’ « International Jet Set » qui aurait été parfait en guise d’introduction.

Bref, ces mecs sont des légendes. Vous n’aurez probablement plus jamais occasion de les voir sur scène. Alors foncez tant qu’il est encore temps.

Vince

 

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