Rude Boy Train

RUDE BOY TRAIN’S CLASSICS – THE CABLES-What Kind Of World – (1970-Studio One Records)-

UN PEU (BEAUCOUP) D’HISTOIRE : S’il y a bien un truc fantastique quand on remet le nez dans le vinyle, c’est qu’au gré des digs chez les disquaires ou des visites de shops en ligne, on redécouvre des pépites qu’on ne soupçonnait même pas !

Et c’est sûr que dans le genre, retomber sur The Cables, qui sont loin de faire partie des noms les plus ronflants de l’époque, fait partie des plus belles surprises sur lesquelles j’ai pu tomber

Pourtant, le trio vocal mené par Keble Drummond associé à Elbert Stewart et Vince Stoddart est à l’origine de quelques unes des plus belles pièces de la période charnière rocksteady/early reggae.

Drummond côtoie dans sa jeunesse Peter Austin des Clarendonians qui lui apprend ses premiers rudiments de guitare. Après avoir suivis quelques cours de compos, il forme, avec Barry Llewellyn, Earl Morgan des Heptones et Clive Campbell de The Aces, le groupe The Sylastians. Les Cables se forment, eux, dès 1962, mais ce n’est qu’en 1966 qu’ils enregistrent leur premier single officiel pour Sonia Pottinger.

Toujours à l’affût de nouveaux talents, Coxsone Dodd les embarque chez Studio One où ils enregistrent avec les Soul Vendors une série de singles qui marcheront assez fort, notamment après que le titre « Baby Why » eût tourné plus de quatre mois en exclu sur les sound systems du Sir Clement.

« What Kind Of World », l’album compilant ces titres sort en 1970 et est salué comme un chef d’œuvre d’un genre dont c’est pourtant le crépuscule. Pas vraiment satisfait de leurs émoluments, mais toujours sous contrat, ils enregistrent pour Harry J sous le nom d’Herbie Carter, un ancien chanteur de l’écurie, Drummond faussant même sa voix pour blouser Coxsone. Ils quittent Studio One finalement en 70,   enregistrant par la suite une poignée de titres pour Harry J, encore, mais aussi JJ Johnson ou Bunny Lee. En 72, Drummond quitte le trio pour une carrière solo sans véritable succès malgré une poignée de très bon titres, comme « You’ve Been Gone » ou le reggae « Keep On Dancing »

Mais on entendra dès lors quasiment plus parler de The Cables, même si Le trio enregistre un album reggae sous le nom de Keble Drummond and the Cables chez Harry J en 1977 et se reformera de temps à autres pour de rares concerts, dont le reggae Sunsplash en 94, ou bien l’énorme Sierra Nevada World Music Fest en 2011  et meme au Riverside Stomp et 2016!

LE DISQUE : 10 titres de pur plaisir, lumineux comme une aurore d’été, voilà ce que nous offrent The Cables avec ce « What Kind Of World » sorti il y a bientôt 50 ans… Et, si nombreux sont ceux qui tentent de reproduire le niveau de ce genre de pépites, il faut bien avouer qu’ils se font assez rares.

Car The Cables, c’est d’abord un trio vocal subtilement équilibré, comme il n’en a existé peut être qu’une grosse dizaine à la grande époque. C’est pas pour rien qu’un «Baby Why ? » eût autant de succès dans les sounds de Coxsone Dodd : Les harmonies sont terribles, le lead de Drummond sans faille, et derrière, les Soul Vendors sont au sommet de leur art, avec un chorus de cuivre balaise et une rythmique reggae obsédante assurée par les claviers métronomiques de Jackie Mitoo. Sur cette version « Extended », on peut profiter à fond du riddim qui servira pendant longtemps de base à Coxsone pour de nombreux futurs artistes de Studio One.

Tout le reste est du même niveau et même si l’instru de « Be A Man » est plus basique en l’absence de cuivre, en faisant sûrement le titre le moins marquant de tous, les trois «Cables» font le boulot en proposant une combinaison originale, avec toujours des choeurs profonds et complexes.

Les quelques autres titres dénués de vents bénéficient eux, d’un gimmick du genre qui tue, du moins qui font les grands morceaux,  comme les fabuleux sifflements du clavier de « What Kind Of World » et « Let Them Talk » ou encore le numéro génialissime de la guitare funky de « My Broken Heart ».

Et quand le souffle des cuivres, tenus quand même par des cadors du calibre de Roland Alphonso ou Johnny « Dizzy » Moore, s’ajoute à ces compos bétons, on tient souvent l’accord parfait avec des tunes mémorables comme « What I Am To Do », « Got To Find Someone », No New Love » ou le formidable « Love Is A Pleasure ».

Bien difficile de pas en faire des tonnes en se contentant d’écrire quelques lignes  sur ce genre de monument, mais on peut mettre sans risque sa main à couper que vous fondrez à l’écoute de ce « What Kind Of World », sorte de baroud d’honneur du rocksteady, alors proche de céder définitivement sa place au reggae dans les studios majeurs de Jamaïque, combinaison parfaite d’un groupe, les Soul Vendors, à son apogée et d’un trio vocal, The Cables, en état de grâce.

Un grosse-grosse classic pour Rude Boy Train !

Bronsky

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