Rude Boy Train

SHUFFLE AND BANG – ISLAND BOP – PIRATES PRESS RECORDS

UN PEU D’HISTOIRE : Korey « Kingston » Horn, pour ceux qui l’auraient oublié, est le batteur des Rhythm Doctors, le premier groupe Californien à relancer l’early reggae dès la fin des années 90 et dont le noyau formera rapidement les incontournables Aggrolites. A l’exception d’une parenthèse avec le groupe pendant l’enregistrement de l’album « the Aggrolites » en 2006 et d’une partie de la tournée qui suivit, remplacé alors par Scott Abels, il est crédité sur l’ensemble des albums de la bande à Roger Rivas et Jesse Wagner sauf sur le tout dernier « Reggae Now ». Fidèle à Brian Dixon, il le suit dans l’aventure Western Standard Time Orchestra avec lesquels il enregistre le premier album « Big Band Tribute To The Skatalites » et participe aux quelques dates incroyables de promotion du disque, démontrant un sens du swing et un feeling ska-jazz jusqu’alors insoupçonné.

Son père, Kim « Pop » Horn, chanteur de jazz reconnu, se joint au projet en reprennant « I’m In The Mood For Ska »… Le résultat semble donner des idées au duo et ils montent, avec quelques pointures de la bande, le groupe Shuffle And Bang avec l’ambition de produire des sons entre jazz et ska, dont le premier extrait, « Grand Central », sorti sur la compil’ « Birth Of The Fourth Waves Of Ska » d’Angel City Records était fort prometteur.

En cette fin octobre, c’est produit par le label Pirates Press Records, en passe de devenir incontournable sur la scène US, qu’ils sortent « Island Bop » leur premier LP.

LE DISQUE : Il commence bizarre ce premier disque des Shuffle And Bang… avec ce « Don’t Go To Strangers » a capella, reverb à fond, avec comme seul accompagnement les craquements d’un vieux vinyl, le titre a pour mérite essentiel d’introduire la formidable voix de crooner de Kim « Pops » Horn…

Et quelle sacrée voix ! elle est en totale démonstration sur la reprise d’Horace Silver qui suit… Ce « Song For My Father » approprié, ska tonitruant aux intonations latines est un régal, parfaitement accompagné d’un groupe au swing sans faille et à la dynamique puissante.

Sur l’instru « Daahoud Ska », Korey Horn, épaulé par Steve Haney, un percussionniste de haut vol, croisé notamment sur les productions soul et funk de Colemine Records comme le dernier Kelly Finnigan, et Omar Lopez, le bassiste présent sur les deux derniers 45t du WSTO envoient du méchant bois, offrant un véritable tapis rouge pour les solos impressionnants du sax Robert Dove et du pianiste virevoltant Bobby Cressey.

La recette est quasi-identique sur les instrus qui composent une bonne moitié du skeud, du gros classique passé à la moulinette Studio One : « Bye Ya » reprise de Thelonious Monk en mode ska trad est traitée façon swing explosif et les solos sont aussi fins et inspirés que ceux de l’original. Et c’est encore Thelonious Monk qui est à l’honneur sur « Bemsha Swing », toujours aussi aérien mis à la sauce Jamaïcaine… Enfin, c’est John Coltrane qui prête son « Grand Central » pour une version où les cuivres façon big band sont carrément bandants…

Côté chansons, « Blow Mr. Low » de Joe Williams fait dans le gros son rhythm’ n’blues à la basse bien lourde à la Lloyd Brevett, alors que « Naima », version chantée d’un autre titre de Coltrane, tout comme le délicieux « Insane » nous offrent deux moments de répit façon rocksteady, deux pépites où la voix de crooner de papa Kim fait des merveilles

« When I Take My Sugar To Tea » des Boswell Sisters finement ciselé dans sa robe jazzy et le festif « Let’s The Good Time Roll”, emprunté à Luis Jordan jadis popularisé par Ray Charles relancent la machine à guincher, même s’il faudra jusqu’à nouvel ordre le faire tout seul à la maison.

Tout ça finit comme cela avait commencé, de manière quelque peu étrange, avec un titre exclusivement joué à la batterie où c’est le fils Korey qui sort les gros bras et la technique, avant ce « Drum Song » un dub profond et dépouillé librement inspiré du « Clint Eastwood » de Gorillaz…

Cette dernière bizarrerie ne viendra pas gâcher le festin que constitue ce « Island Bop », grandiose melting pot de classiques jazz et rhythm’n’blues remixés à la façon des grands standards de la musique Jamaïcaine, le tout avec une maestria confondante. Un des gros gros albums de cette drôle d’année 2020 !

Jugez-en par vous même avec le lien vers leur bandcamp ci-dessous, sans oublier qu’en ce moment, l’achat de musique reste primordial pour les artistes qui ont, eux aussi, besoin de manger!

Bronsky

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