Rude Boy Train

MAMPY: L’INTERVIEW

Discussion avec Benoît, chanteur/guitariste de MAMPY, excellent groupe toulousain qui vient tout juste de sortir son premier album, « Between Bass and Cradle », entre ska, jazz et reggae,  et qui gagne surtout à être connu, de Lille jusqu’à Bayonne, et de Brest jusqu’à Nice ! On y parle d’Ernest Ranglin, de Toulouse, des intermittents du spectacle, d’Ernest Ranglin, de l’Espagne, des Branlarians, d’Ernest Ranglin…

Rude Boy Train: Salut Benoit, merci de répondre aux questions de Rude Boy Train, le webzine qui fait passer Maximum Rock’n’Roll pour Pif Gadget.

Mampy: Merci à toi !

RBT: Est-ce que tu peux nous présenter Mampy ?

Mampy : Mampy c’est un quintet de Toulouse jouant du Reggae/Ska-Jazz. Nous faisons une musique à moitié instrumentale (d’où le côté jazz) et moitié chantée. On passe aussi par du Calypso et de l’Afro… Le groupe s’est formé en 2007 en quartet : Guitare, clavier, contrebasse et batterie, et a tourné 2 ans à peu près avec cette formule. En 2009 on a fait la rencontre de notre saxophoniste qui venait souvent bœuffer avec nous sur des dates à Toulouse… On lui a dit « pourquoi tu ne viendrais pas apprendre les thèmes avec nous ? » Et depuis on est cinq! Au départ le répertoire tournait essentiellement sur des reprises notamment d’Ernest Ranglin : Surfin’, Bourbon Street Skank, Blackout, Black Disciples… Et quelques Skatalites… Puis on y a intégré du chant en puisant plus dans le rocksteady : Alton Ellis, Desmond Dekker, Keith and Tex, Ken Boothe… Et au fur et à mesure, les compositions sont arrivées, mais doucement … On a pris le temps de bien de se trouver à vrai dire, et de faire sonner. On a fait beaucoup de Rico Rodriguez aussi.

Au départ, il faut dire que la tâche n’était pas facile : Faire sonner du reggae/rocksteady avec une guitare, un clavier et pas de cuivre ! Chaud chaud ! Mais c’est vrai que même sur des albums mythiques d’Ernest Ranglin comme  « Below the Bassline » ou même des live, il y a un skankman derrière. Avec le sax c’est devenu un peu plus simple, on pouvait faire tourner un riddim, et un thème joué par deux autres.

RBT: Vous n’avez jamais voulu compléter le groupe ? La formation à 5 c’est ce qui vous convient ?

Mampy: C’est sûr que d’un point de vu musical, ça mériterait d’y ajouter au moins un cuivre et une guitare (ou un clavier en plus)… Mais les temps sont durs ! Un quintet est déjà difficile à faire tourner alors un sextet  voire un septet ! Et puis on y a trouvé une forme d’originalité.

RBT: C’est clair ! Pour moi l’originalité de votre son est liée à la formation réduite…

Mampy: Oui, et du coup, tout l’an passé nous avons composé, pré-maquetté, écouté, ré-arrangé pour essayer de composer au mieux avec notre formule. Mais ça nous est souvent arrivé en live de proposer un sextet, en ajoutant le trompettiste et le tromboniste des Pistons Flingueurs. C’est sûr que les morceaux des Skatalites sonnaient plus Skatalites ! Voilà, mais on souhaite garder le noyau à cinq, pour l’instant ça fonctionne.

RBT: Avant l’album, vous aviez enregistré une session live je crois…

Mampy: Oui on a enregistré un « Live Radio ». Je l’ai mis sur internet faute de mieux à l’époque, mais je l’ai gardé car je trouve que ce jour-là  nous avions la patate ! Et puis on avait fait une version instru de « Jah jah see dem a come » de Culture. J’avais envie de jouer ce morceau pour un hommage à Joseph Hill que j’adore ! Nous avions aussi enregistré en 2010 en studio un 6 titres. Il n’y avait que 2 compositions,  « O’Mento » et «Afrisback », le reste était des reprises d’Ernest, Toots, Jackie Mittoo et Skatalites…

RBT: Ernest Ranglin, on peut dire que c’est LA référence ultime pour Mampy nan ?

Mampy: Ben on peut dire ça … Mais en fait c’est plutôt MA référence que j’ai un peu imposée aux autres ! Enfin imposée … Pas vraiment puisqu’ils étaient consentants. En fait c’est moi qui ai créé le groupe en 2007. Je venais de sortir d’une école de musique à Toulouse, la Musichalle. Dans cette école on  enseigne les musiques improvisées en général, mais surtout on nous aide à prendre confiance et à nous trouver sur l’instrument ! Evidemment ça passe pas mal par le jazz mais pas que. Bref, c’est dans cette école que j’ai rencontré le clavier, le contrebassiste et le sax.

RBT: Vous avez quel âge à peu près dans le groupe ?

Mampy: L’âge moyen c’est 35 je dirais, ça va de 31 pour le batteur à 47 pour le sax. On est tous intermittents, ce qui veut dire qu’on a au moins chacun trois formations en plus. Pour pouvoir faire les dates, Mampy ne tourne pas encore assez.

RBT: Ah ok, des pros quoi ! C’est comment l’intermittence ? Galère ou alors ça va ?

Mampy: Ben c’est pas tous les jours facile … Mais si t’as la gnaque et si tu décroches un peu le téléphone, ben ça va. Et dans le sud-ouest y a de quoi faire. En fait l’intermittence c’est un chouette statut : On peut vivre de notre musique mais à côté de ça, ça nous a parfois ralenti dans la composition car vu que t’es sans cesse à la recherche de cachets et qu’on avait un répertoire de trente-cinq reprises, ben c’était facile de trouver des plans sans trop galérer en répet. Du moment où tu fais de la compo c’est plus pareil, il faut prendre le temps… C’est un peu aussi pour cette raison qu’on a mis cinq ans à pondre cet album, mais d’un autre coté si y avait pas eu l’intermittence je sais pas si le groupe aurait tenu. C’est à double tranchant.

RBT: Vous aviez joué dans d’autres formations avant ?

Mampy: Le sax joue dans deux groupes : Tormenta (Cumbia) et La Marmaille (Fanfare). Le contrebassiste joue dans Aleas (Jazz oriental), l’Air de Rien (chanson française), Swingin’ Carpets (Blues). Le batteur a un duo Rock 70’s : « Pepe Algie and the super sounds of the seventies ». Le clavier a joué dans pleins de formations différentes mais je ne saurais pas te les énumérer. Ah si j’suis con, le clavier joue avec moi dans Struts (un groupe de Funk New Orleans façon Meters, Martin Medeski and Wood, ou Scofield). Et puis je fais aussi de la Soul, du Pagode (Brésil), du gospel et de l’afro. C’est varié quoi ! Mais mes musiques préférées restent le reggae et le jazz !

RBT: Et du coup quand on a plusieurs groupes comme ça, on doit en préférer un et avoir tendance à le faire passer avant les autres nan ?

Mampy: Oui et c’est là que l’intermittence intervient. On ne met pas tous au même moment la priorité sur le même groupe. Par exemple, l’été le sax fait presque une trentaine de date avec la Tormenta, cachet oblige. La priorité n’est plus Mampy. Pour lui normal. Mais bon on fait des remplacements. Disons que maintenant qu’on a l’album, qu’on a bien bossé les compos, le projet est là, le groupe est là. On démarche et si y a des absents, on remplace. Le projet reste en place  c’est ce qui m’importe. Disons quand même que durant l’année tout le monde fait l’effort et participe bien à Mampy. Cet album est quand même le résultat d’un travail d’équipe.

RBT: Il vient d’où ce nom au fait, Mampy ?

Mampy: Le nom c’est baptiste, le batteur qui l’a trouvé car on a fini le mix le 26 juin, le jour de la naissance de ma fille ! Et du coup c’est un clin d’œil à Anaé (ma fille) et à « Below the bassline » d’Ernest Ranglin. On a trouvé ça assez drôle, on a gardé.

RBT: Nan mais je parlais du nom du groupe, pas de l’album…

Mampy: Ah pardon ! Mampy c’est moi qui ai trouvé ça sur des forums, des lexiques jamaïcains. Notre premier logo, c’était une grosse mama, une Mampy girl quoi. Et notre nom c’etait Mampy Rocksteady, ça sonnait, on a gardé. Mampy ça signifie quelqu’un de fat. Depuis on fait plus trop de rocksteady, on a donc réduit le nom à Mampy.

RBT: Pour la sortie du disque vous avez démarché des labels ou l’autoprod était une évidence ?

Mampy: Pas des label… Mais on démarche en ce moment des tourneurs ! J’aimerai bien intéresser une boite de booking qui pourrait nous trouver quelques dates ou des premières parties pour commencer… Parce que démarcher, pppfff c’est un métier à part entière ! Sinon oui, l’autoprod était une évidence car c’est notre premier album de compos, nous n’avons pas de vidéos sur le net, pas une actu énorme donc pour intéresser un label c’est chaud… Maintenant, grâce à vous, grâce à d’autres fanzines, mag, grâce à quelques vidéos qu’on est en train de monter, on va pouvoir monter un dossier plus pro pour essayer de toucher ces structures.

RBT: Votre disque, on peut par exemple imaginer une édition pour l’Espagne via Liquidator Music, c’est assez leur came je pense…

Mampy: Ok ben merci pour le tuyau je connais pas Liquidator Music. On est allé jouer en Espagne un peu, en Aragon , on avait eu quelques bonnes critiques là-bas mais  c’est pas allé plus loin…

RBT: Mais c’est un sacrilège de pas connaître Liquidator quand on est de Toulouse !!! C’est l’un des meilleurs labels actuels !

Mampy: Moi je connais pas… Mais sans doute que Baptiste connait ! Oui comme je te disais, démarcher, se vendre, c’est un taf ! Que j’essaye de faire, mais que je fais mal. Non mais je m’y suis pas intéressé car c’est maintenant que vraiment ça commence pour nous, car on a un album, alors qu’avant on était un groupe de reprises sans album, donc même pas la peine d’essayer des labels … Enfin  je peux me planter…

RBT: Envoie ton disque à Toni, le gars de Liquidator Music, à mon avis ça va lui plaire.

Mampy: Ok merci !

RBT: Et du coup la scène espagnole ska-jazz, early reggae, rocksteday, tu ne suis pas trop ? Oldians, Smooth Beans, Los Granadians, Transilvanians … tout ça…

Mampy: Non je connais pas vraiment. J’ai entendu les Granadians et Smooth Beans je crois, mais entre démarchage, compositions, cinq groupes, intermittence et vie de famille, j’ai l’impression de ne pas être bien renseigné sur les groupes et réseaux. C’est ce qui me manque.

RBT: Mais tu connais Spook and the Guay (rip) sûrement ?

Mampy: Oui eux oui quand même ! Et puis pour être honnête, le ska espagnol j’suis pas fan, mais je suppose que j’en connais pas assez. Mais les seules fois ou soit en Espagne j’ai vu des groupe de ska, soit en France des groupes de ska espagnols, j’ai pas trop aimé. Mais je suppose que les groupes dont tu me parles groovent à la jamaïcaine. Si c’est le cas, j’aimerai sans aucun doute. Le early j’connais pas bien non plus à par nos potes des Branlarians.

RBT: Ouais, Smooth Beans par exemple c’est un pur groupe cool, assez calme, très early reggae, un peu rocksteady, rarement ska, souvent instru… Et the Oldians, c’est 100 % ska-jazz, sur que ça te plaira… Enfin tu jetteras un œil au site web de Liquidator et tu verras quoi…En fait le problème de l’Espagne, c’est que Ska-P c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. D’ailleurs dans le sud-ouest, il commence à y avoir une belle scène! Entre Moon Hop et les Rockin’ Preachers sur Bordeaux, les Skamanians à Perpignan, les Branlarians à Preignan, vous ou la Toulouse Skanking Foundation et Ska Fever à Toulouse… Y a des sacrés bons groupes !

Mampy: Ouais c’est cool, la semaine prochaine à Toulouse y a la Semaine du Ska qui s’organise ! Avec Branlarians, TSF, Ska Fever, nous, The Beatdown, les Toasters…

RBT: The Beatdown c’est excellent ça !

Mampy: Ouais c’est cool cette petite semaine en approche. Et sur Toulouse tous les premiers mercredis du mois, dans un bar, on organise des bœufs reggae, ska … Avec toute l’équipe  on se mélange, ça swingue, c’est sympa… Mais à Toulouse, y a une bonne pépinière avec des musiciens assez ouverts vers plein de styles. C’est chouette pour ça.

RBT: C’est clair que ça a l’air fun par chez vous.

Mampy: Ouais ça l’est je trouve. Tu peux jouer avec des zicos méga balèzes qui viennent triper sur du reggae et bœuffer avec toi, sans pour autant sentir une quelconque démonstration ou compétition, c’est agréable et stimulant.

RBT: Et sinon votre pochette est très réussie, qui est-ce que l’a faite ?

Mampy: C’est Guigui le gratteux des Branlarians qui est infographiste vintage. Il a retravaillé des photos que j’avais prises au studio où on a enregistré l’album. Le même qui a fait les graphismes de la semaine du ska, Skaferlatine, TSF… Il a une bonne patte !

RBT: Quel talent ! Et qu’est ce qui tourne sur ta platine en ce moment ?

Mampy: Là en ce moment j’ai pas vraiment le temps d’écouter de la zique. Mais si je dois mettre un cd je mettrais Mingus ou Roland Kirk. Ou Ernest !

RBT: Jazz toujours…

Mampy: Oui jazz, parce que j’en fais pas mais j’adore ! Dans la voiture c’est du reggae. Beaucoup de Toots , et je ne me lasse pas d’écouter tous les albums d’Ernest. Je crois d’ailleurs que c’est ce que je préfère Toots ! Du reggae avec un chanteur gospel ! Enorme !

RBT: Monty Alexander tu dois aimer nan ?

Mampy: Oui j’aime beaucoup Monty, je suis allé le voir trois fois en concert mais je préfère l’approche d’Ernest et sa fusion du reggae et du jazz.

RBT: Oui je suis d’accord avec toi…

Mampy: D’ailleurs les deux ont fait des albums pourris, mais je préfère écouter l’album « Tribute to a Legend » d’Ernest qui reprend Bob, que Monty qui joue Bob… Mais quand les deux se réunissent … Respect ! J’ai l’impression de te parler d’Ernest depuis 1h30 ! Tu vas croire que je ne vis que pour lui ! Et pour revenir sur Mampy  j’avais oublié aussi, on est passé par des éthiopiques et du dub aussi. Sur scène on fait un petit mix de King tubby meets The Rockers avec « Shine Eye Gal » des Black Uhuru version dub avec une contrebasse. On se régale ! J’adore aussi  AC/DC ! Toute l’2poque Bon Scott !

RBT: Si tu es branché AC/DC il faut que tu écoutes le disque de Kingston Kitchen, avec cette reprise de « You Shook Me All Night Light Long »…

Mampy: Ah oui je vais jeter un œil là-dessus.

RBT: Quels sont vos projets ?

Mampy: Là nos projets futurs c’est surtout rechercher des festivals pour cet été, et rechercher des tourneurs… Tous ceux qui pourront nous permettre de mettre le pied dans des réseaux. Et évidemment on continue les compositions pour on espère un prochain album d’ici la fin 2013. Ça avance, on a déjà pas mal de morceaux en travaux.

RBT: Super nouvelle ça ! On espère que vous viendrez jouer un peu au nord de la Garonne dans les mois qui viennent…

Mampy: Ben là on a un concert à Châteauroux ! Mais bon, c’est privé, c’est dans une prison centrale.

RBT: Ah oui, ça va être compliqué pour enter…

Mampy: On fait pas souvent des concerts dans le Nord, mais on aimerai bien y aller plus. On était venu à Lille pour le Carib’ Soul Festival organisé par les Precious Oldies, c’était super ! Très bien accueilli !

RBT: Ils sont forts ces Precious Oldies ! En tout cas merci d’avoir répondu aux questions de Rude Boy Train.  Et à bientôt sur scène alors…

Mampy: Merci à toi ! Et continuez c’que vous faites !

 

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