Rude Boy Train

MADNESS – OUI OUI SI SI JA JA DA DA – Lucky Seven/Atmosphériques

UN PEU D’HISTOIRE : Après des débuts en 1976 sous le nom de The North london Invaders (ils sont de Camden), c’est en 1979 que MADNESS voit réellement le jour. Le nom est emprunté à une chanson de Prince Buster, et leur premier single sobrement intitulé « The Prince » est un hommage au vieux chanteur jamaïcain, sorti en 1979 sur Two Tone Records. Le groupe part en tournée avec The Specials et The Selecter (hé oui on croit rêver), sort son premier album, « One Step Beyond » sur Stiff Records, et le succès est immédiat. Les singles de folie se succèdent, « The Prince », « One Step Beyond », « My Girl», « Night Boat To Cairo »… L’engouement pour Madness est énorme outre-Manche.

 En 1980, le second opus « Absolutely » connait à peu près le même sort et confirme le succès de la vague ska qui déferle sur la Perfide Albion.

A partir de 1981 et de l’album « 7 », Madness prend une orientation plus pop, inspirée par The Kinks et par le pub-rock de Ian Dury And The Blockheads.

S’ensuivent une tripotée d’albums : « The Rise and Fall » en 82 (avec le hit « Our House »), « Keep Moving » en 84, « Mad Not Mad » en 85, et après une courte séparation en 86/87, le groupe revient en 88 sous le nom de The Madness, dans une formation étriquée mais avec un certain Jerry Dammers au clavier. En 1992, Madness démarque à Finsbury Park et enregistre le live évènement, « Madstock ! », devant des dizaines de milliers de personnes.

Le retour en studio se fait en 1999 avec « Wonderful » qui sort chez Virgin, et en 2005 Madness enregistre « The Dangermen Sessions Vol 1 », un album de reprises.

« The Liberty Of Norton Folgate » sort en 2009, suivi à l’automne 2012 par « Oui Oui Si Si Ja Ja Da Da », le onzième opus des gars de Camden Town (si on compte « The Madness »).

Madness faut partie du patrimoine musical du Royaume-Uni et dans aucun autre pays du monde il n’aura connu un succès comparable. En France, son aura restera beaucoup plus limitée, malgré au moins deux titres célèbres : « One Step Beyond » et « Our House ».

LE DISQUE : De prime abord, le nouvel album de Madness n’est pas très ragoutant : Pochette ratée, titre à la limite du hors-jeu, chansons pas super catchy à la première écoute.

Sauf que ce « Oui Oui Si Si Ja Ja Da Da » gagne à être écouté et réécouté. Car c’est à ce prix-là qu’on pourra en tirer la substantifique moelle.

Ok, commencer le disque par « My girl 2 » la mal nommée, très inférieure à la chanson de 79, est une erreur, même si certains groupes d’ici et d’ailleurs rêveraient d’écrire des « erreurs » du même tonneau.

C’est plutôt sur le morceau suivant, « Never Knew Your Name », que le gang de Camden laisse apparaître à nouveau toute l’étendue de son talent. Un peu plus de trois minutes de pur son pop légèrement funky qui nous renvoie au début des 70’s, tellement classe qu’il aurait pu avoir été composé par Lalo Schifrin ou par John Barry en guise de bande originale d’un film avec Sean Connery ou Roger Moore. On pense à « Embarrassment », le son est ample, taillé pour le chaudron de Wembley, et le sifflement du sax de Lee Thompson vient signer cet admirable forfait comme l’épée de Zorro les pantalons de ce gros balourd de sergent Garcia.

Sur « Kitchen  Floor », le groupe envoie ses premiers beats reggae, toujours façon Madness, avec plusieurs couches de clavier, et le virage ska arrive juste après sur « Misery », sautillante comme DSK avant une visite chez Dodo la Saumure. Ça continue dans la même veine sur « So Alive », plus calmement sur la magnifique « Small World », et sur « Black and Blue », et on a envie de remettre son Fred Perry et de ressortir le chapeau à damiers pour aller danser devant la scène, avec les filles en bas-résilles.

Pourtant, ça n’est pas le ska qui fait mouche sur cet énième album de Madness. On s’enthousiasme beaucoup plus facilement pour un morceau comme « Powder Blue »,  plus calme, nostalgique, mélancolique dirons certains, magnifiquement produit, finement arrangé, taillé comme un costume précieux acheté à Savile Row.

Et puis il y a « Death of A Rude Boy », tentative madnessienne de reggae song un brin new-wave, inquiétante façon « Ghost Town », avec un sifflement de mélodica nocturne qui foutrait les chocottes à n’importe quel exorciste, et des arrangements parfois à la limite du hip-hop, comme si le groupe avait écouté en boucle l’intégrale des Dub Pistols en fumant de la weed dans un appart embrumé de Notting Hill.

Mais c’est avec « Leon » que Madness envoie son direct du gauche le plus percutant. Tout est là, réuni en quelques dizaines de mesures chiadées : Voix de Suggs des grands jours, doigts de Barson qui courent sur le clavier jusqu’à en perdre haleine, batterie métronomique de Woody, guitare tranchante de Chrissy Boy, production à l’avenant, ou comment résumer plus de trente ans de carrière en un seul hit implacable, parangon de pop-song incisive et précise comme de l’horlogerie suisse, brillante comme la carrosserie d’une Aston Martin tout juste sortie d’usine, entraînante comme Keira Knightley en plein footing dans les allées humides de Hyde Park.

Nous sommes en 2012. En Angleterre, des cinquantenaires font de la musique en répondant au doux nom de Madness. Et malgré les rides et quelques kilos
superflus, ils n’ont rien perdu de la fougue, du style et de la classe de leurs vingt ans, quand ils mettaient des costumes cintrés et qu’ils crachaient à la face du monde leur heavy heavy monster sound.

Vince

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