Rude Boy Train

65 Mines Street – Fix The Clock ! – Casual Records/Productions Impossible Records

65MinesStreetUN PEU D’HISTOIRE: L’histoire débute en 2009 dans l’est de la France. John Lewis et JR des Rebel Assholes,  ainsi que Yann, Fred, Julien et Thomas de Taste In Vibes allient leurs forces pour créer 65 MINES STREET, un groupe de ska sans cuivres, du côté d’Audincourt. Début 2010, l’excellent JR quitte le groupe, aussitôt remplacé par Mick des Nancéiens de Bobby Sixkiller.

Peu de temps après sa formation, le groupe met en ligne sur myspace (ahhh myspace, toute une époque) son tout premier titre, « Do You Exist », 100 % two tone et particulièrement cool. 65 Mines Street file sur les routes et donne ses premiers concerts un peu partout dans l’Est et même bien au-delà, en faisant notamment une tournée à l’automne avec Taste In Vibes, et une escale par le Dance Ska La rennais de janvier 2010 (avec Doreen Shaffer en tête d’affiche et les incontournables Moon Invaders).

En 2010, le combo entre à l’Indie Ear Studio de John Lewis pour enregistrer son premier album éponyme qui sort à l’automne aux Productions de l’Impossible.

Ils tournent, tournent, et tournent encore, et John Lewis décide fin 2011 de quitter le groupe pour se consacrer entièrement à Rebel Assholes. Il donne encore quelques concert début 2012, et c’est Mick, l’un des guitaristes, qui reprend le chant. 65 Mines Street participe à l’Easter Ska Jam en Allemagne avec Dave Barker et les Caroloregians, se retrouve avec une carte blanche pour l’ouverture du Moloco, la nouvelle salle de musique actuelles d’Audincourt, et en profite pour inviter HK et Saïdou (MAP, HK & Les Saltimbanques), Roy Ellis (Mr Symarip) ou les frères Hardison (Moon Invaders) pour un show exceptionnellement cuivré.

En fin d’année ils retournent en studio (toujours à l’Indie Ear) pour enregistrer un second opus, « Fix The Clock », qui sort le 6 avril 2013 sur Casual Records (CD) et Productions Impossible Records (vinyle), accompagné d’une release party de haute volée avec The Sarah Connors et Buster Shuffle en invités de prestige.

LE DISQUE: Bon alors une fois n’est pas coutume, je vais commencer par dire du mal. Comme ça c’est fait. La pochette… Comme celle du premier album, elle ne rend pas justice au groupe et avec son air pas super engageant, elle reflète mal contenu du disque. « C’est pas la carrosserie qui compte, c’est le moteur ». Ouais ouais, je sais, c’est vrai. Second point négatif : Deux titres à mon avis secondaires, « Stereo » et After Job Party », sont placés respectivement en premier et en dernier sur le disque, points stratégiques où il est en général judicieux de placer des morceaux plus solides, plus incontestables, plus efficaces, pour commencer, et pour finir, sur une note d’excellence.

Voilà, ça y est, j’ai dit du mal. Et maintenant je peux me lâcher à dire du bien, parce que dans ce registre-là, c’est pas les arguments qui manquent. Le premier qui me vient à l’esprit est que 65 Mines Street a brillamment réussi a négocier le changement de chanteur, et qu’il en a profité pour opérer un virage moins rock, moins brut, mais encore un peu plus british. Car oui, le deuxième album du groupe ne sonne pas comme le premier. On sent bien que les gars se sont nourris des rencontres, des kilomètres parcourus et des scènes partagées avec les meilleurs, et que par conséquent, leur son a évolué. Si on sent toujours çà et là poindre l’ombre de Terry Hall et de Jerry Dammers, c’est aussi à Madness que le combo du 25 fait penser avec cet album qui aurait pu avoir été composé sur les docs de Londres comme dans un pub de Brighton, face à la mer, un après-midi d’automne pluvieux.

Musicalement, on a encore droit à un savant mélange de skinhead reggae et de son two tone qui déboite,  et dans le genre, « I Don’t Want To » ou « Anton The Undertaker » se posent là en parangon de ska songs chargées d’énergie qui filent droit dans ta gueule avec des choeurs gros comme ça et une toujours aussi implacable rythmique à deux temps. Et  dans un registre assez proche quoiqu’un peu plus calme, « For You My Friends » enfonce avec talent le clou du son anglais qui plus que jamais constitue l’un des éléments fondamentaux de l’identité de 65 Mines Street. Sur « Jay« , à peu près aussi pêchue que ses congénères, on se prend à aimer ce break au phrasé quasi ragga venu de nulle-part qu’on jurerait interprété par un rude-boy des faubourgs de Kingston, ou par un Ranking Roger des grands jours.

Sur « Riding In The Dark » , on appréciera tout particulièrement l’omniprésence du clavier et le solo de guitare clair comme de l’eau de roche, ainsi que cette ambiance de fin du monde, mais de « Fix The Clock« , on retiendra surtout un trio de chansons qui valent à elles-seule l’achat, en plusieurs exemplaires, de cet album indispensable. « That Dress » d’abord,  fait penser à The Special AKA (auteur du sous-estimé « In The Studio« ) et certains passages rappellent « What I Like Most About You Is Your Girlfriend« . C’est teinté de nostalgie et d’une mélancolie à couper au couteau, et 65 Mines Street prouve qu’il excelle aussi dans les chansons à ambiance, voir dans l’art du concept-album. « Lover’s Lane« , dans la même veine, semble compléter « That Dress« , et avec ces histoires d’amours contrariés, le groupe montre qu’il a sérieusement affûté son sens du songwriting et qu’il se prend pour notre plus grand plaisir au jeu qui consiste à nous raconter des tranches de vie parfois un brin désespérées. Et puis enfin, il y a « Mrs Rosebury« , petit chef d’oeuvre de chanson anglaise jusqu’au bout des Stan Smith, mais écrite par des gaillards bien français qui sur ce coup-là ont des allures de Buster Shuffle. Les paroles sont superbement écrites, l’orchestration  est impeccable, et la structure rythmique est de toute beauté, avec ces notes de piano qui ponctuent l’ensemble et encore une fois un solo de guitare foutrement bien gaulé, qui donnent à « Mrs Rosebury » le statut d’incontournable hit dans la discographie d’un groupe qui, je l’avais prédit il y a quelques années, fait plus que jamais figure de référence dans la scène française d’aujourd’hui. « Fix The Clock » en est l’éclatante confirmation.

Vince

 

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